QUESTIONS D 'ACTUALITE

 

INCENDIE DE NOTRE DAME DE PARIS

Lundi 15 AVRIL 2019

15 avril 2019 : Incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Paris (75), France.

 

https://eglise.catholique.fr/espace-presse/communiques-de-presse/480053-toutes-cloches-cathedrales-sonneront-demain/

 

L’incendie de la Cathédrale Notre-Dame de Paris est un choc bien au-delà des catholiques de notre pays.

Pour manifester la solidarité de tous les diocèses de France avec le diocèse de Paris, les cloches de toutes les cathédrales de France sonneront demain mercredi à 18h50, heure du début de l’incendie à Notre-Dame.

 

 

https://eglise.catholique.fr/vatican/messages-du-saint-pere/480030-incendie-de-dame-de-paris-declaration-saint-siege/

 

Incendie de Notre-Dame de Paris :

déclaration du Pape François à Mgr Michel Aupetit,

 Archevêque de Paris, le mardi 16 avril 2019.

 

25 août 2018 : Le pape François arrive au château de Dublin, Irlande. August 25, 2018: Pope Francis arrives at Dublin Castle, Ireland.

Suite à l’incendie qui a ravagé une grande partie de la cathédrale Notre Dame, je m’associe à votre tristesse, ainsi qu’à celle des fidèles de votre diocèse, des habitants de Paris et de tous les Français. En ces Jours Saints où nous faisons mémoire de la passion de Jésus, de sa mort et de sa résurrection, je vous assure de ma proximité spirituelle et de ma prière.

Cette catastrophe a gravement endommagé un édifice historique. Mais j’ai conscience qu’elle a aussi affecté un symbole national cher au cœur des Parisiens et des Français dans la diversité de leurs convictions. Car Notre Dame est le joyau architectural d’une mémoire collective, le lieu de rassemblement pour nombre de grands évènements, le témoin de la foi et de la prière des catholiques au sein de la cité.

En saluant le courage et le travail des pompiers qui sont intervenus pour circonscrire l’incendie, je forme le vœu que la cathédrale Notre Dame puisse redevenir, grâce aux travaux de reconstruction et à la mobilisation de tous, ce bel écrin au cœur de la cité, signe de la foi de ceux qui l’ont édifié, église-mère de votre diocèse, patrimoine architectural et spirituel de Paris, de la France et de l’humanité.

Avec cette espérance, je vous accorde de grand cœur la bénédiction apostolique, ainsi qu’aux Évêques de France et aux fidèles de votre diocèse, et j’appelle la bénédiction de Dieu sur les habitants de Paris et sur tous les Français.

 

 

DECLARATIONS DES AUTRES CONFESSIONS ET RELIGIONS

 

https://eglise.catholique.fr/actualites/incendie-notre-dame-de-paris/480071-incendie-a-dame-declaration-autres-confessions-religions/

 

Déclaration de Madame Emmanuelle Seyboldt,

pasteure, présidente du Conseil national Eglise protestante unie de France.

Cher frère en Christ,

 

Les mots manquent devant la terrible vision de l’église Notre-Dame de Paris en flamme. Eglise lieu de prière et siège de l’archevêché, église symbole de Paris, symbole de la France, église joyau historique, jalons de l’histoire de notre pays, on pourrait énumérer encore d’autres dimensions de cette église hors norme.

Je tenais par ce simple courrier à vous assurer de la vive solidarité de l’Église protestante unie de France. Notre solidarité va à tous nos frères et sœurs catholiques atteints par cette destruction. Leur peine est aussi la nôtre, cette cathédrale est comme un membre de notre famille et nous sommes nous-mêmes touchés profondément par cette tragédie.

Que le Seigneur renouvelle vos forces et vous donne Sa Paix, dans l’espérance de la
résurrection.

Emmanuelle Seyboldt,
Présidente du Conseil national Eglise protestante unie de France,

 

Déclaration du Pasteur Martin Junge,

Secrétaire général de la Fédération luthérienne mondiale.

 

Avec horreur et tristesse, nous avons vu les images de l’incendie qui a frappé hier la cathédrale Notre-Dame et causé beaucoup de dégâts.

Des trésors inestimables ont probablement été perdus. Un symbole de la présence, de la force et de l’histoire de la foi de l’Europe a été affecté par cet incendie. De nombreux catholiques en France et dans le monde se sentent particulièrement touchés, mais aussi chacune et chacun qui apprécient l’art comme une expression de profonde spiritualité.

Nous prions pour celles et ceux qui sont touchés par cette dévastation sous une forme ou une autre. Nous tirons notre force du message de la résurrection, qui ne cesse de nous rappeler que, même si des puissances veulent nous couper de notre histoire, notre avenir est toujours entre les mains de Dieu. Les paroles du prophète Esaïe me viennent à l’esprit.

Mais ceux qui espèrent dans le SEIGNEUR trempent leur énergie ; ils prennent de l’envergure comme des aigles, ils s’élancent et ne se fatiguent pas, ils avancent et ne faiblissent pas. (Es, 40, 31)

C’est dans cette certitude que nous sommes unis et accompagnons particulièrement celles et ceux pour qui Notre Dame est un foyer spirituel.

Pasteur Martin Junge,
Secrétaire général de la Fédération luthérienne mondiale,

 

Déclaration de Mgr Joseph,

 métropolite du diocèse orthodoxe roumain d’Europe occidentale et méridionale.

 

Clergé et fidèles de la Métropole Orthodoxe roumaine de l’Europe Occidentale et Méridionale, dont la Cathédrale Métropolitaine se trouve à moins de 500 mètres de la Cathédrale Notre-Dame de Paris, sommes profondément attristés par la catastrophe qui a frappé la capitale de la France.

Il s’agit d’un symbole représentant un repère au niveau mondial, au-delà de l’appartenance religieuse ou des convictions de chacun. Témoin à travers les siècles de la construction de l’Europe chrétienne dans toute sa complexité historique et culturelle, elle croule désormais sous l’emprise des flammes impitoyables. Nous sommes aux côtés de l’Eglise catholique romaine et de tout le peuple français au moment où il se prépare à fêter la Sainte Résurrection du Sauveur.

La cathédrale Notre-Dame de Paris est le fruit de 182 années de travail. Il a suffi d’une minute par année de sueur et de sacrifices pour détruire de manière irréversible le repère autours duquel Paris a été reconstruite.

N’oublions pas que le pouvoir du symbole est au-delà des murs et des charpentes !

Cette tragédie doit nous responsabiliser et nous encourager à apprécier les valeurs, tant qu’elles sont vivantes et présentes autours de nous. Les flammes sans pitié suscitent en nous la conscience de la solidarité chrétienne en tant que citoyens du monde entier.

Nous serons toujours plus forts en assumant les symboles au-delà du temporel.

+ Le métropolite Joseph

 

Déclaration du Conseil Français du Culte Musulman (CCFM) via son président Ahmet Ogras

 

Le Conseil Français du Culte Musulman exprime son immense tristesse suite à l’incendie dévastateur dont a été victime ce lundi 15 avril la cathédrale Notre Dame de Paris, symbole du Christianisme, lieu de culte du Catholicisme, joyau de Paris, coeur de l’Histoire de France et Patrimoine de l’Humanité. Le CFCM fait part de sa solidarité et de sa fraternité aux chrétiens du monde entier. Le CFCM rend hommage à la bravoure des pompiers qui ont lutté sans relâche au péril de leur vie. Le CFCM appelle les musulmans de France à participer à l’effort financier pour la reconstruction de ce chef d’œuvre architectural qui fait la gloire de notre pays.

Ahmet Ogras, président.

 

 

 

BILAN DU VOYAGE

DU PAPE FRANCOIS AU MAROC

Article de la CEF publié le 5 avril 2019, voir en totalité ici

https://eglise.catholique.fr/actualites/479415-bilan-voyage-pape-francois-maroc/

 

Vincent Feroldi est le directeur du service des relations avec les musulmans de la Conférence des Évêques de France. Il a été au Maroc (où il avait vécu une dizaine d’années comme prêtre fidei donum) à l’occasion de la visite du pape. Voici son évaluation de la visite du pape dans le pays. Avec de nombreuses citations des textes signés et des discours prononcés. En les replaçant dans l’histoire longue des relations entre l’Église catholique et des autorités musulmanes.

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc. Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

 

La surprise : un appel commun sur Jérusalem

 

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’État du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un  caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les États-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des États membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre : « Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue. Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif. Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

 

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

 

30 mars 2019 : Le pape François et le roi MOHAMMED VI au Palais royal, à Rabat, Maroc. DIFFUSION PRESSE UNIQUEMENT. EDITORIAL USE ONLY. NOT FOR SALE FOR MARKETING OR ADVERTISING CAMPAIGNS. March 30, 2019: Pope Francis and King Mohammed VI of Morocco at the Royal Palace in the Moroccan capital Rabat.

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenés de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab.  En effet, « c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter : « Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine. L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent. Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume. Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants. En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation : « Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Éducation. Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion. C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation. C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence. Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction : « Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ». En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue : « Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf.  Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019).  C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

 

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

 

NEW HOME-migrants

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philharmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus : « J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner. Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus. Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, situé à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenu par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ !  Toute personne a droit à un avenir ».

Être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaire de Marie depuis… 80 ans et vivant à Casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé : « Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction : « En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

 

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

 

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Égypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Émirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Église qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Église d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espéranceforte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

Vincent Feroldi, Directeur du Service national pour les relations avec les musulmans

 

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EXHORTATION APOSTOLIQUE

CHRISTUS VIVIT

 

« Il vit, le Christ, notre espérance et il est la plus belle jeunesse de ce monde. Tout ce qu’il touche devient jeune, devient nouveau, se remplit de vie. Les premières paroles que je voudrais adresser à chacun des jeunes chrétiens sont donc : Il vit et il te veut vivant !». Ainsi commence l’Exhortation Apostolique post-synodale Christus vivit du Pape François, signée lundi 25 mars dans la Sainte Maison de Lorette et adressée «aux jeunes et à tout le peuple de Dieu». Dans le document, composé de neuf chapitres divisés en 299 paragraphes, le Pape explique s’être laissé «inspirer par la richesse des réflexions et des échanges du Synode» des jeunes, célébré au Vatican en octobre 2018.

 

Second chapitre: «Jésus-Christ toujours jeune»

 

Le Pape évoque le thème des jeunes années de Jésus et il rappelle le récit évangélique qui décrit le Nazaréen «en pleine adolescence, lorsqu’il retourne avec ses parents à Nazareth, après qu’ils l’aient perdu et retrouvé au Temple» (26). Nous ne devons pas penser, écrit François, que «Jésus était un adolescent solitaire ou un jeune enfermé sur lui-même. Sa relation avec les gens était celle d’un jeune qui partageait toute la vie d’une famille bien intégrée dans le peuple», «personne ne le considérait comme un jeune étrange ou séparé des autres» (28). Le Pape fait remarquer que Jésus adolescent, «grâce à la confiance de ses parents, […] se déplace librement et apprend à marcher avec tous les autres» (29). Ces aspects de la vie de Jésus ne devraient pas être ignorés dans la pastorale des jeunes, «pour qu’on ne crée pas des projets qui isolent les jeunes de la famille et du monde, ou qui les transforment en une minorité sélectionnée et préservée de toute contagion». On a plutôt besoin «de projets qui les fortifient, les accompagnent et les lancent vers la rencontre avec les autres, vers le service généreux, vers la mission» (30).

Jésus «ne vous éclaire pas de loin ou du dehors, mais dans votre jeunesse même qu’il partage avec vous», et l’on peut reconnaître en Lui beaucoup de traits typiques des cœurs jeunes (31). Près de Lui «nous pouvons boire à la vraie source qui garde vivants nos rêves, nos projets, nos grands idéaux, et qui nous lance dans l’annonce de la vie qui vaut la peine» (32). «Le Seigneur nous appelle à allumer des étoiles dans la nuit d’autres jeunes» (33).

François parle ensuite de la jeunesse de l’Église, et il écrit: «Demandons au Seigneur de délivrer l’Eglise des personnes qui veulent la faire vieillir, la scléroser dans le passé, la figer, l’immobiliser. Demandons-lui également de la délivrer d’une autre tentation : croire qu’elle est jeune parce qu’elle cède à tout ce que le monde lui offre ; croire qu’elle se renouvelle parce qu’elle cache son message et qu’elle imite les autres. Non ! Elle est jeune quand elle est elle-même, quand elle reçoit la force toujours nouvelle de la Parole de Dieu, de l’Eucharistie, de la présence du Christ et de la force de son Esprit chaque jour» (35). Il est vrai que nous, «membres de l’Eglise», «nous ne devons pas être des personnes étranges», mais «nous devons oser être différents, afficher d’autres rêves que ce monde n’offre pas, témoigner de la beauté de la générosité, du service, de la pureté, du courage, du pardon, de la fidélité à sa vocation, de la prière, de la lutte pour la justice et le bien commun, de l’amour des pauvres, de l’amitié sociale» (36). L’Église peut être tentée de perdre l’enthousiasme et de «chercher de fausses sécurités mondaines. Ce sont précisément les jeunes qui peuvent l’aider à rester jeune» (37).
Le Pape revient ensuite sur l’un de ses enseignements les plus chers, et en expliquant qu’il faut présenter la figure de Jésus «de façon attrayante et efficace» il dit: «C’est pourquoi il est nécessaire que l’Église ne soit pas trop attentive à elle-même mais qu’elle reflète surtout Jésus-Christ. Cela implique qu’elle reconnaisse avec humilité que certaines choses concrètes doivent changer» (39).

Dans l’Exhortation, on reconnaît que certains jeunes ressentent la présence de l’Église «comme désagréable, sinon irritante». Une attitude qui s’enracine «dans des raisons sérieuses et respectables: les scandales sexuels et économiques, l’inadaptation des ministres ordonnés qui ne savent pas saisir de façon appropriée la sensibilité des jeunes, […] le rôle passif assigné aux jeunes à l’intérieur de la communauté chrétienne, les difficultés de l’Église à rendre raison de ses positions doctrinales et éthiques face à la société contemporaine» (40).

Il y a des jeunes qui «réclament une Église qui écoute davantage, qui ne soit pas toujours à condamner le monde. Ils ne veulent pas voir une Église silencieuse et timide, ni toujours en guerre sur deux ou trois thèmes qui l’obsèdent. Pour être crédible face aux jeunes, elle a parfois besoin de retrouver l’humilité et d’écouter simplement, de reconnaître dans ce que disent les autres la présence d’une lumière qui l’aide à mieux découvrir l’Evangile» (41). Par exemple, une Église trop craintive peut être continuellement critique «face aux discours sur la défense des droits des femmes, et signaler constamment les risques et les erreurs possibles de ces revendications», alors qu’une Église «vivante peut réagir en prêtant attention aux revendications légitimes des femmes», «bien qu’elle ne soit pas d’accord avec tout ce que proposent certains groupes féministes» (42).

François présente ensuite «Marie, la jeune femme de Nazareth», et son “oui” comme celui «de celle qui veut s’engager et risquer, de celle qui veut tout parier, sans autre sécurité que la certitude de savoir qu’elle était porteuse d’une promesse. Et je demande à chacun de vous : vous sentez-vous porteurs d’une promesse?» (44). Pour Marie «les difficultés n’étaient pas une raison pour dire “non”» et en se mettant ainsi en jeu elle est devenue «l’influencer de Dieu». Le coeur de l’Église est également rempli de jeunes saints. Le Pape mentionne saint Sébastien, saint François d’Assise, sainte Jeanne d’Arc, le bienheureux martyr Andrew Phû Yên, sainte Kateri Tekakwitha, saint Dominique Savio, sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, le bienheureux Ceferino Namuncurá, le bienheureux Isidore Bakanja, le bienheureux Pier Giorgio Frassati, le bienheureux Marcel Callo, la jeune bienheureuse Chiara Badano.

Pour lire l'intégralité du document, aller sur le site de la CEF

https://eglise.catholique.fr/vatican/exhortations-apostoliques/479253-christus-vivit/

 

 

 

ELECTIONS EUROPEENNES: QUELLE EUROPE VOULONS-NOUS ?

Déclaration de la Conférence des Evêques de France

Publié le 25 mars 2019

 

 

Prochainement auront lieu les élections au Parlement européen et cela dans un contexte difficile, tant au plan national qu’européen. Dire que l’Europe n’a pas bonne presse est une banalité : pour beaucoup de nos concitoyens elle semble lointaine, technocratique, souvent inefficace.

Et pourtant, il nous semble important d’inviter les catholiques, et au-delà l’ensemble des citoyens, à participer aux élections des députés au parlement européen et à s’exprimer, non d’abord sur des enjeux nationaux, mais en fonction des projets portés par les différentes listes qui se présenteront au suffrage des électeurs. Il ne s’agit pas de s’enfermer dans un schéma manichéen (pour ou contre l’Europe) mais de dire quelle Europe nous voulons, le modèle économique, social, culturel et spirituel qui nous semble le plus adapté pour notre continent aujourd’hui.

Les pouvoirs du Parlement européen ont été accrus au fil des ans et il est bon de nous rappeler que beaucoup de décisions européennes influent sur notre vie quotidienne, par les politiques communes (agricole par exemple), l’échange des biens et services, la circulation des personnes, la mise en place depuis vingt ans d’une monnaie commune, l’harmonisation des réglementations, la politique commerciale internationale.

L’Europe est un continent marqué par son histoire, douloureuse et conflictuelle. Pas moins de trois guerres franco-allemandes en moins d’un siècle, deux guerres mondiales y ont été déclenchées, les totalitarismes du XXème siècle y sont nés. L’Église catholique a toujours été attentive à cette consolidation de la paix dans la construction européenne. Nous en voyons encore la fragilité, particulièrement après avoir commémoré le centenaire de la fin de la première guerre mondiale, en nous souvenant des millions de morts qu’elle a entraînés. Si la paix en Europe semble aujourd’hui acquise pour les jeunes générations, rappelons-nous que la guerre est aussi à notre porte, hier dans les Balkans, aujourd’hui en Ukraine.

Cette histoire difficile et complexe a aussi permis de progresser en Europe vers une vision de l’homme et de la société qui comporte un grand nombre de valeurs et de principes communs entre nos pays (droits humains, respect de la personne, solidarité et recherche d’un bien commun), dont beaucoup sont issus du christianisme. « Personne et communauté, comme le disait le pape François, sont donc les fondements de l’Europe que, en tant que chrétiens nous voulons et pouvons contribuer à construire. Les pierres de cet édifice s’appellent : dialogue, inclusion, solidarité, développement et paix. » (1)

Chacun voit bien que certaines solutions ne peuvent être trouvées sur une seule base nationale. Ainsi en est-il de la question des migrants. Le pape François l’a rappelé aux responsables européens : « On ne peut pas penser que le processus migratoire soit un processus sans discernement et sans règles, mais on ne peut pas non plus ériger des murs d’indifférence ou de peur ». (2)

Un autre aspect qu’il nous faut souligner dans les enjeux actuels du débat européen est la question de la place de l’Europe dans le monde et dans le fonctionnement d’une économie mondialisée. Plus que nous ne le pensons et l’imaginons, l’Europe est attendue et regardée par d’autres pays et d’autres ensembles en construction (Amérique du Sud, Asie…). « En vingt ans le monde a profondément changé et il est clair qu’il n’est plus centré sur l’Europe. La question est bien de voir si ce que l’Europe a pu apporter au monde dans sa compréhension de l’homme, de sa dignité inaliénable, de ses droits fondamentaux, de sa capacité relationnelle et solidaire, pourra encore être affirmé demain et proposé comme un idéal sur d’autres continents. » (3) . Devant les mutations très rapides des équilibres géopolitiques entre les grandes puissances, si nous plaidons pour des relations internationales mieux organisées et davantage régulées, tant au point de vue politique qu’économique et commercial, c’est bien l’Europe, et sans doute elle seule aujourd’hui, qui peut en être la cheville ouvrière et le fer de lance.

Nous avons à aider les citoyens européens à discerner la nature des choix à effectuer pour que l’Europe réponde davantage à leurs attentes mais aussi à sa mission propre dans l’évolution du monde. Catholiques de France et d’Europe, prions les saints patrons de notre continent pour ses habitants et ses élus (4).

Le 25 mars 2019
Le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France

Mgr Georges PONTIER, Archevêque de Marseille, président de la CEF
Mgr Pierre-Marie CARRÉ, Archevêque de Montpellier, vice-président de la CEF
Mgr Pascal DELANNOY, Évêque de Saint-Denis, vice-président de la CEF
Mgr Michel AUPETIT, Archevêque de Paris
Mgr Jean-Pierre BATUT, Évêque de Blois
Mgr François FONLUPT, Évêque de Rodez
Mgr Stanislas LALANNE, Évêque de Pontoise
Mgr Philippe MOUSSET, Évêque de Périgueux
Mgr Benoît RIVIÈRE, Évêque d’Autun
Mgr Pascal WINTZER, Archevêque de Poitiers

1) Discours du Pape François lors du colloque « Repenser l’Europe », Rome, 28 octobre 2017
(2) idem
(3) Mgr Georges Pontier, Président de la CEF, discours de clôture de l’assemblée des évêques à Lourdes, 8 novembre 2018
(4) Saint Benoit de Nursie, saints Cyrille et Méthode, sainte Brigitte de Suède, sainte Catherine de Sienne, sainte Thérèse Bénédicte de la Croix

 

Date de dernière mise à jour : 16/04/2019