MESSE DE LA NUIT DE NOEL  2019

 

Noël, ne serait-ce qu'une fête passagère pour oublier nos soucis et nos ennuis? Une évasion, durant quelques heures, de nos difficultés et de nos préoccupations? Non, c'est bien davantage. Car, à Bethleem, la société était aussi troublée que la notre, sinon encore plus.

NOEL N'A JAMAIS ETE UNE FETE TRANQUILLE

Le peuple juif était occupé par la puissance romaine et avait perdu son indépendance.

Marie n'a pas trouvé de place dans la salle commune et a du se contenter d'une grotte pour accoucher.

Hérode est inquiet d'apprendre la naissance d'un futur roi des juifs et prépare le massacre de tous les enfants âgés de moins de deux ans.

Marie, Joseph et Jésus vont devoir fuir en Egypte pour éviter ce massacre.

Bref des tensions et des affrontements comme à l'heure actuelle. Nous sommes dans l'incertitude de l'avenir, sans savoir comment va évoluer la crise sociale générée par le projet de réforme des retraites.

A NOEL, DIEU EST DEVENU ET DEVIENT PROCHE DE NOUS POUR TOUJOURS

Pourtant, c'est bien dans ce monde tourmenté d'hier et d'aujourd'hui que Dieu a décidé de venir. Non pas pour une visite passagère mais pour une présence permanente.Il n'est pas resté bien à l'abri dans son ciel mais il est venu partager intégralement nos conditions de vie. Depuis sa naissance à Bethleem, Dieu n'est pas loin de nous, il est devenu proche et il le reste.Croyons-nous que Dieu est vraiment proche de chacun de nous et qu'il ne nous abandonnera jamais? Croyons-nous que Dieu partage tout de chacune de nos vies pour que nous puissions tout partager de la sienne? Et cela pour l'humanité entière. Noël, c'est c'est cette présence proche de Dieu qui continue pour toujours. Oui, nous pouvons être en fête.

DIEU NOUS APPELLE A ETRE PROCHES LES UNS DES AUTRES, A ETRE FRATERNELS

Si Dieu est proche, Il ne fait pas les choses à notre place. Et heureusement! Car, s'il le faisait plus ou moins, il nous traiterait en bébés. Il nous éviterait de grandir en responsabilités. Ce qu'il attend de nous, c'est que nous soyons des hommes et des femmes, des enfants, des jeunes et des adultes qui deviennent de plus en plus responsables d'eux-mêmes et les uns par rapport aux autres.Il me semble qu'en nos temps incertains, où un mal-à-l'aise se développe, où les incivilités et les violences se multiplient, Dieu nous appelle à davantage de fraternité.

La fraternité, c'est l'un des trois mots-clés de la devise de notre République mais sans doute le plus difficile à mettre en oeuvre.Mais c'est aussi et surtout une réalité de l'Evangile.Si Dieu s'est fait proche de chacun de nous, nous ne pouvons pas être distants les uns des autres, encore moins méprisants. Le mépris, c'est le contraire de la fraternité.Dieu nous appelle à être proches les uns des autres, à nous respecter, à faire preuve de bienveillance, quelles que soient nos origines, nos professions, nos situations financières. C'est un beau symbole de notre fraternité évangélique que, dans notre crèche vivante de Saint Aigulin, Joseph soit un français de souche européenne et Marie, une française de souche africaine.

Oui, Noël, comme le proclame la banderole affichée sur la façade de notre église, c'est le coeur de Dieu qui bat pour le monde.


Et pour toujours!

HOMELIE DE LA TOUSSAINT

                                                             Vendredi 1° Novembre 2019

            Nous sommes venus célébrer tous les saints ceux qui sont connus et ceux de nos familles. Nous sommes venus aussi prier pour les défunts qui ne sont pas encore saints et qui se préparent à le devenir. Ces hommes et ces femmes qui, souvent, nous ont beaucoup apporté, qui nous ont aimés et que nous avons aimés, que sont-ils devenus ?

            Quelle est leur situation actuelle ? Du coup, nous pouvons  nous poser la question et moi, que vais-je devenir ? Certes, je suis assuré de mourir mais ensuite quel est mon avenir ? Ce sont de grandes questions, d’importantes questions.

DEVENIR SEMBLABLES AU CHRIST

            La seconde lecture de cette fête de la Toussaint apporte la réponse. Saint Jean la formule ainsi : « Bien aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu mais ce que nous serons, n’a pas encore été manifesté. Quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est ».Oui, nous sommes devenus enfants de Dieu au baptême, et ce n’est pas rien, nous avons reçu la vie du Christ, Dieu devenu comme nous pour que nous devenions comme Lui. Mais cela ne se voit pas encore, n’est pas encore manifesté. C’est après notre mort biologique que cela se verra, que nous serons semblables au Christ. Cela est réalisé déjà pour les saints, cela se réalisera p our chacun de nous. Tel est notre avenir, tel sera notre devenir.

            On comprend que les premiers chrétiens aient été émerveillés devant une telle annonce formulée par le Christ dans les évangiles, par Paul et les autres écrits du Nouveau Testament. Ce n’est pas sans raison qu’ils ont appelé cette annonce : « Bonne Nouvelle », en grec Evangile . Chaque être humain, à commencer par les baptisés est appelé à cet avenir magnifique. Quelle que soit la manière dont il est né, qu’il soit ou non désiré. Quelque soit son parcours, plus ou moins tortueux. Chacun de nous deviendra semblable au Christ

SANCTIFIE OU CHRISTIFIE

            Le mot utilisé souvent par l’Eglise, pour décrire cette réalité merveilleuse, est celui de sanctifié, c’est à dire devenu saint. Mais il est mal compris, on le prend au sens moral comme s’il s’agissait d’être parfait et sans défauts. Il s’agit de bien davantage : devenir saint, c’est partager la vie de Dieu, son amour, son bonheur. Voilà pourquoi certains théologiens et spirituels d’aujourd’hui préfèrent utiliser le mot de christifié, c’est à dire devenir semblable au Christ, partager sa vie pleinement divine et pleinement humaine.

            Tel est notre avenir. Pour l’instant, nous sommes en construction de nous-mêmes, nous sommes des ébauches de nous-mêmes, nous sommes en chemin. Mais lorsque nous serons devenus semblables au Christ, christifiés, alors nous serons devenus pleinement nous-mêmes, notre personnalité aura atteint sa plénitude, sa forme définitive. Pour les baptisés, cela commence au baptême. Pour les non-baptisés, cela se réalisera après leur mort biologique.

            Une précision : l’être humain a la possibilité de refuser cette vie magnifique, ce don de Dieu. Sa liberté va jusqu’à ce refus que l’on appelle l’enfer. Au cours des siècles, l’Eglise en a sans doute trop abusé, actuellement on n’en parle pas beaucoup mais la possibilité de la damnation est réelle.

QUEL SERA NOTRE ETAT ?

            Une autre question se pose : lorsque nous serons devenus « semblables au Christ » christifiés, quel sera notre état ? Evidemment nous ne serons pas dans notre état actuel, nous aurons été transformés, c’est à dire,  nous aurons changé de forme. Le Christ a été très discret à ce sujet. Il s’est contenté d’une simple comparaison : le grain de blé, dit-il, meurt en terre pour devenir un bel épi. Il veut ainsi nous dire que nous sommes actuellement comme de petits grains de blé et que nous deviendrons comme de beaux et de grands épis. On peut continuer la comparaison en constatant les transformations dans le monde végétal ou le monde animal. Nous sommes actuellement comme des glands et nous deviendrons de solides chênes. Nous sommes actuellement comme des chenilles qui avancent avec peine et nous deviendrons comme de superbes papillons qui volent avec facilité.

            Comparaison n’est pas raison. Ce qui est important, c’est de croire que nous avons tous un avenir magnifique grâce au Christ ressuscité. Nous lui serons semblables et alors nous serons vraiment, pleinement nous-mêmes.

            Amen

HOMELIE DE L'ASSOMPTION

JEUDI  15 AOUT 2019

Nous sommes heureux de fêter Marie en son Assomption car, en suivant son itinéraire, nous sommes certains de pouvoir vivre du Christ et de son Evangile

LA FOI, LUMIERE DANS LES OBSCURITES DE LA VIE

Tout d’abord, sa foi. Nous savons que la vie de Marie n’a pas été facile, à l’inverse d’un long fleuve tranquille. Mais, à la différence de la nôtre, sa foi n’a pas été ébranlée, mise en doute par le péché. Elle qui est sans péché, elle a toujours accepté de se laisser éclairer par la lumière de Dieu. Mais celle-ci n’a pas été en permanence éclatante. Le parcours de Marie a été jalonné d’épreuves et d’obscurités. L’Annonciation et la Visitation (dont je viens de lire le récit évangélique) se déroulent dans l’allégresse et l’action de grâce, j’oserai dire dans la ferveur des commencements.

Mais les difficultés successives se sont accumulées, et elles ont culminé au calvaire : voir son fils , condamné tout-à-fait injustement, mourir comme un esclave, quelle épreuve pour une mère ! Jean-Paul II, dans son encyclique “La mère du Rédempteur”, écrit : “Debout au pied de la Croix, Marie est témoin, humainement parlant, d’un total démenti des paroles de l’Annonciation, son Fils agonise sur ce bois comme un condamné”. Le pape n’hésite pas à utiliser une expression forte : “Total démenti, humainement parlant”. Et il continue d’écrire : “Par la foi la Mère participe à la mort de son Fils, à sa mort rédemptrice; mais à la différence de celle des disciples qui s’enfuyaient, sa foi était beaucoup plus éclairée” (18).

Voilà pourquoi Marie est la première à rejoindre son Fils dans la vie définitive, dans la gloire de l’Assomption. Elle nous montre qu’il n’y a pas de meilleure lumière pour nos personnes et nos existences que le Christ et sa Parole. Elle nous invite à ne pas baisser les bras, mais à tenir bon face à nos difficultés et épreuves personnelles comme aux incertitudes de notre société française, européenne et mondiale.

LE RESPECT DE LA DIGNITE HUMAINE

Pour continuer d’aller de l’avant, l’Apocalypse (que nous venons d’entendre en 12, 1 – 6a) nous précise l’une des convictions essentielles de notre foi chrétienne : le respect de la vie humaine,  symbolisé par l’enfant qui pourrait être dévoré dès sa naissance.

Ce respect a progressé au cours des siècles (reconnaissons l’évolution positive de nos sociétés dans certains domaines de la vie), mais pas dans la facilité. Au XVIIéme siècle, saint Vincent de Paul a transformé la conscience commune des Français par rapport à la dignité des prisonniers et des galériens, souvent traités comme des bêtes. Mais il a dû mener un réel combat pour faire évoluer les mentalités de l’époque.

Ce respect de la dignité de toute personne n’est pas encore parfaitement assuré. Il n’est pas encore perçu comme allant de soi pour les personnes les plus fragiles, l’embryon dans le ventre de sa mère, et le malade ou le vieillard en fin de vie. Pourtant, la qualité d’une société se reconnaît à la place et à l’intérêt qu’elle accorde aux plus pauvres et aux plus fragiles. Il faudra encore beaucoup de temps, de patience et d’énergie, sans croisade ni violence.

TOUS APPELES A RESSUSCITER COMME MARIE

Cette grandeur de la dignité humaine est d’autant plus à promouvoir que nous sommes appelés à ressusciter. L’itinéraire de Marie anticipe en effet le nôtre. Elle est ressuscitée dès la fin de sa vie terrestre, car son Fils ne pouvait pas la faire attendre pour lui communiquer sa gloire de ressuscité. Elle n’a pas connu la corruption du tombeau. Nous, nous la connaîtrons, car nous somme pécheurs (c’est le péché qui nous détruit, qui nous corrompt, qui nous déshumanise). Mais, comme Marie et grâce à son Fils, nous allons accéder à la vie éternelle et définitive, nous allons ressusciter, comme l’affirme saint Paul dans la seconde lecture.

Ressusciter, c’est passer de notre forme de vie actuelle à une forme de vie nouvelle, c’est être transformé. La transformation est l’une des étapes de toute vie, qu’elle soit végétale (pensons au gland qui devient un splendide chêne ou au grain de blé qui devient un bel épi), animale (pensons à la chenille qui devient papillon) ou humaine. Selon notre foi chrétienne, toute personne passe par trois formes de vie : celle des neuf premiers mois de son existence (les gynécologues nous disent l’importance de ce qui se passe durant cette vie intra-utérine), celle de la vie actuelle qui normalement se déroule sur plusieurs décennies, celle de la vie définitive, au-delà de notre mort biologique et où nous trouverons la plénitude de nos personnalités. chaque étape prépare la suivante.

Telle est aujourd’hui l’existence de Marie, la première à être ressuscitée après son Fils. Son humanité  a été transformée , transfigurée, glorifiée pour toujours lors de son assomption. Elle reste une femme à part entière. Mais elle a reçu la plénitude de sa féminité. Cette vérité de notre foi a été perçue très tôt, puisque Marie a été vénérée dès les débuts du christianisme. Certains se plaisent à laisser penser que, pour l’Eglise des premiers siècles, les femmes n’auraient pas eu d’âme. C’est évidemment une erreur grave dont voici la raison : vers 1820, l’on a découvert les archives d’un concile qui s’est tenu en Provence au VIème siècle, époque de mutation culturelle où l’ensemble de la population passait du grec au latin. Le concile affirmait que tous les hommes sont créés par Dieu avec un corps et une âme. Un secrétaire, maîtrisant mal le latin a écrit “viri” (d’où vient le mot français viril, c’est-à-dire les êtres masculins). Un évêque le lui a fait remarquer en disant  il ne faut pas écrire “ viri” mais “homines” qui signifie les êtres masculins et féminins. Si tu maintiens “viri”, çà laissera croire que les femmes n’ont pas d’âme. Des adversaires de l’Eglise, au XIXème siècle, se sont emparés de cette remarque pour oser dire que, jusque là, l’Eglise pensait que les femmes n’avaient pas d’âme! Rassurez-vous, Mesdames , vous avez la même dignité que les hommes et jamais aucun homme ne pourra égaler Marie, Mère de Dieu pour toujours.

 

HOMELIE DE PAQUES

DIMANCHE 21 AVRIL 2019

 

 

Nous avons vécu, ces derniers mois , deux évènements très significatifs, très symboliques de notre parcours en humanité.

En décembre, à l’occasion d’une manifestation, la tombe du soldat inconnu, sous l’Arc de triomphe, a été dégradée, saccagée. Nous avons tous été choqués, scandalisés. Car le respect des morts, depuis cent mille ans, tous les savants sont d’accord, est un des signes qui marquent la différence entre les espèces animales et la notre. Quelques semaines plus tard, j’ai entendu, sur une chaine de TV, un gilet jaune dire : “même les nazis, en juin 40, n’ont pas osé détruire ce monument si important pour les français”. Oui, un mort se respecte, surtout quand il a donné sa vie pour que les français soient libérés du totalitarisme germanique.

Une telle destruction, une telle violence sont un signe de régression humaine, de deshumanisation. Comme quoi, rien n’est acquis, rien n’est définitif. Devenir vraiment humain ne va pas de soi, n’est pas automatique. C’est une tache qui n’est jamais achevée et qui peut régresser. En chacun de nous, pulsion de mort et pulsion de vie, pulsion de destruction et pulsion de construction s’affrontent en permanence. Nous sommes en chemin. Cela est vrai aussi sur le plan collectif. C’est la fameuse expression de Valéry, après la seconde guerre mondiale : “Civilisations, hélas! nous savons que nous sommes mortelles”. Reculer ou avancer vers notre plénitude humaine, détruire ou construire notre humanisation demande un combat, une lutte , des efforts permanents.

C’est ce que le Christ a pleinement réalisé. Nous, chrétiens, nous croyons que, dans son parcours, il a toujours construit son humanité sans reculer, sans régresser, sans péché. Car nous croyons qu’il est pleinement homme, qu’il est l’homme en perfection. Nous croyons que nous avons vraiment besoin de lui, de son soutien, de sa vie pour que nous puissions, à notre tour, à sa suite et grâce à lui, construire et réussir notre pleine humanisation.C’est ce que nous voulons dire lorsque nous affirmons que le Christ est notre Sauveur et le Sauveur de l’humanité. Il nous arrache peu à peu à nos péchés, à nos pulsions de destruction pour que nous puissions parvenir à la plénitude de notre humanisation qu’il a réussie dans sa personne.

 

Lundi dernier, la cathédrale de Paris a été victime d’un grave incendie, drame qui a suscité une émotion mondiale. Cet édifice, qui existe depuis plus de 800 ans, a défié les siècles, les inondations et les bombardements, les révolutions et les changements de régimes. Elle paraissait indestructible! Et bien non, malgré tous les soins apportés à son entretien et à sa conservation, elle était fragile, vulnérable. Certes elle va être reconstruite et la France ainsi que d’autres pays ne manquent pas de talents.Il n’empêche que s’il a fallu 120 ans pour la construire, il n’a fallu que quelques heures pour l’endommager et la blesser gravement.

Cette cathédrale Notre Dame de Paris, Notre Dame de France, Notre Dame du monde n’est-elle pas ainsi le symbole de notre fragilité humaine? Chacun de nous, chacune de nos familles est vulnérable : une maladie, un accident de circulation, un échec professionnel peuvent endommager un équilibre, une stabilité que nous essayons de réaliser et de maintenir coûte que coûte. Rien n’est sûr, rien n’est assuré définitivement, tout peut se casser brutalement. Certains d’ailleurs pensent que la mort est la fin de tout pour chacun comme pour l’humanité entière. C’est ce que disait Poincaré, un grand mathématicien du début du XXème siècle : “l’aventure humaine : un éclair de lumière entre deux nuits.”

Nous, chrétiens, nous ne pensons pas comme lui. Si la première nuit  a été réelle avant le début du monde, il y a 15 milliards d’années, l’aventure humaine, qui a commencé il y a 7 millions d’années, tant sur le plan personnel que collectif, ne va pas vers une seconde nuit. Nous croyons que le Christ, en ressuscitant, est le premier à entrer dans une vie définitive qui ne connait plus échecs, fragilités et vulnérabilités. Comme le Christ et grâce à lui, chacun de nous est appelé, après sa mort biologique, à ressusciter, à partager le bonheur de la Trinité, à bénéficier de la solidité de Dieu. Voilà pourquoi nous somme heureux en célébrant cette fête de Pâques.

 

Date de dernière mise à jour : 24/04/2020