La Rochelle, le 8 mai 2020

Message aux catholiques du diocèse

Chers diocésains,

Depuis un peu plus de six semaines nous vivons en état de confinement suite à la pandémie qui frappe notre pays et le monde entier. Il ne fait aucun doute que cette crise sanitaire dont nous ne mesurons pas encore parfaitement la gravité au plan économique et social aura des conséquences sur notre façon de vivre en Eglise et dans notre société une fois venu le temps du déconfinement qui approche et se fera par étapes.

Les théoriciens du libéralisme, du socialisme, du souverainisme, de l’écologie s’en donnent à coeur joie pour refaire le monde dans les tribunes de différents journaux et nous ne savons pas ce que le peuple choisira. Du passé fera-t-il table rase ? Rien n’est moins certain. Laissons aux économistes le temps de l’analyse, aux politiques celui de la proposition, aux citoyens celui du choix. Une chose est certaine, nous avons découvert notre fragilité. Nous pensions que l’Europe était préservée, que les cataclysmes étaient réservés aux pays du tiers-monde, il n’en est rien. Nous étions encore imprégnés de scientisme et de positivisme. Nous aurions dû nous rappeler que la science sans conscience n’est qui ruine de l’âme ! Nous sommes solidaires, à des degrés divers, dans la maladie et le deuil. Il nous appartiendra de garder en mémoire les beaux gestes de solidarité et de les actualiser. Il faudra que ces belles initiatives spontanées de nos compatriotes soient mises en valeur dans la vie de nos communautés et dans la vie sociale des jours qui approchent.

Aujourd’hui, par ce message, je souhaite faire le point sur la situation qui est la nôtre depuis maintenant un mois et demi que nous sommes confinés pour des raisons sanitaires, et que notre vie en Eglise en subit les conséquences. L’absence d’assemblées liturgiques dans nos églises, l’absence de réunions et de rencontres pour les diverses activités pastorales, caritatives, l’impossibilité des visites à domicile, dans les Maisons de retraite, dans les hôpitaux, les prisons, la célébration des funérailles avec vingt personnes au maximum, etc. ont bouleversé notre vie quotidienne de disciple du Christ.

Du fait du déconfinement progressif prévu dans notre pays, à partir de ce lundi 11 mai, l’administration avait demandé à la Conférence des Evêques de faire des suggestions pour prévoir le rétablissement des célébrations, de manière progressive et sous certaines conditions. Les évêques ont fait des propositions tenant compte des exigences sanitaires. Nous avions prévu de reprendre les célébrations liturgiques à partir de la mi-mai. Le gouvernement en a décidé autrement et, à partir de fin mai, nous pourrons reprendre les célébrations, avec toujours certaines limitations concernant la taille des rassemblements. Même si nous sommes déçus par cette décision et ne comprenons pas la logique de certaines mesures administratives, il convient de rappeler que le gouvernement n’est pas en guerre contre l’Eglise, mais contre la pandémie qui a déjà fait plus 25 000 morts dans notre pays !

Nous pouvons méditer cette invitation du Saint-Père « En ce moment, où l'on commence à avoir des dispositions pour sortir de la quarantaine, prions le Seigneur pour qu'il donne à son peuple, à nous tous, la grâce de la prudence et de l'obéissance aux dispositions, pour que la pandémie ne revienne pas." Pape François, 28.04.2020 ».

Depuis le début du confinement jusqu’à aujourd’hui, je sais, grâce aux divers échanges que j’ai avec les membres du conseil épiscopal chaque semaine, et par d’autres témoignages, que les prêtres font preuve d’intuitions pour rester en contact avec vous (téléphone, emails, etc..) et qu’ils vous font diverses propositions. Les responsables des services pastoraux diocésains, les aumôniers, les catéchistes continuent aussi leur mission par ces mêmes moyens de communication, notamment auprès des enfants du catéchisme et des jeunes, des familles, des malades, des prisonniers. Les équipes des associations caritatives font tout pour venir en aide aux plus démunis, même si leur action est rendue plus difficile. Les chefs d’établissement et les enseignants de nos Ecoles catholiques ont poursuivi leur mission en faisant preuve d’ingéniosité et de disponibilité pour l’enseignement à distance et le suivi des enfants, des collégiens et des lycéens. Le service de l’économat diocésain continue aussi son travail. Il est à l’oeuvre et se préoccupe des ressources du diocèse qui sont mises à mal… Diverses initiatives ont été prises (quête dominicale en ligne...). J’exprime ma profonde reconnaissance aux prêtres, aux diacres, aux laïcs qui oeuvrent dans les services que je viens d’évoquer et dans bien d’autres.

Le confinement que nous vivons depuis six semaines est éprouvant parce qu’il nous enferme sur nous-même, nous incite à nous méfier des autres, à nous protéger, à nous masquer, à marquer la distance… Ceci n’est pas chrétien, nous ne sommes pas faits pour nous méfier des uns et des autres, mais pour nous aimer les uns et les autres. Aristote nous l’a appris, l’homme est un animal social et notre Eglise (Ekklesia) est une communauté rassemblée, convoquée et non dispersée dans des appartements.

Cette situation qui nous est imposée, à juste titre, pour notre protection nous a mis face à nos faiblesses, nos peurs, nos angoisses peut-être. Elle nous a aussi posé des défis, celui de la vie sociale sans contact physique, celui de l’amitié et de l’affection exprimées d’une autre manière que par les embrassades, repas partagés et autres réunions… Elle nous a sans doute invité à une rencontre plus fréquente avec notre Seigneur dans la prière, la méditation de l’écriture. La privation de la communion au corps du Christ a été ressentie durement. Certains se sont imaginés que la messe n’était plus célébrée, que les églises étaient fermées. Il n’en est rien. La messe est célébrée, chaque jour, par les prêtres et cette eucharistie quotidienne nous invite à la réflexion sur la nature de l’eucharistie qui n’est pas seulement un banquet nous permettant des rassemblements au cours desquels nous sommes heureux de nous retrouver, mais la célébration de la mort et de la résurrection du Seigneur. Combien de prêtres, aujourd’hui, dans certaines parties du monde, célèbrent la messe, clandestinement, seuls ou avec une petite communauté de fidèles, parce que les régimes théocratiques ou totalitaires dans lesquels ils vivent n’assurent pas la liberté du culte ! Ces eucharisties ont autant de valeur que les messes solennelles célébrées dans nos cathédrales.

Vous trouverez, ci-dessous, quelques informations sur la vie de notre Eglise dans les semaines qui approchent. Il ne faut pas les graver dans le marbre parce que, selon l’évolution de la pandémie, les choses peuvent changer :

- Les églises n’ont jamais été fermées. Elles restent donc ouvertes, et je remercie les personnes qui se chargent de les ouvrir chaque jour. J’invite ceux qui le peuvent à faire des visites au Saint-Sacrement dans l’église la plus proche.

- Il est possible de se confesser, à l’église.

- A partir de ce lundi 11 mai, si des personnes leur en font la demande, les prêtres, à condition que leur santé le permette, pourront se rendre à domicile, en observant les règles de barrière sanitaire, pour donner le sacrement des malades, et aussi pour porter la sainte communion.

- Les obsèques continueront à être célébrées dans les églises, en conformité avec la loi sanitaire, moyennant l’observation de la règle stricte de ne pas dépasser le nombre de 20 personnes présentes.

- Les catéchumènes qui devaient recevoir les sacrements de l’Initiation chrétienne à Pâques sont toujours en attente… Cette célébration est reportée à l’automne. La date sera indiquée ultérieurement. Nous les accompagnons de notre prière et de notre soutien fraternel.

- Le sacrement de la confirmation pour les adultes initialement prévu à Saintes le samedi 30 mai est reporté à l’automne et les célébrations de confirmations des jeunes sont, elles aussi, toutes reportées à l’automne dans différents lieux du diocèse.

- Les célébrations de première communion et de profession de foi sont reportées à l’automne.

- La célébration des baptêmes d’enfants sera possible à partir de fin mai, mais avec un nombre de personnes présentes limité.

- La célébration des mariages sera aussi possible à partir de fin mai, avec les mêmes règles relatives au nombre de participants.

  • -        la messe chrismale sera célébrée à la cathédrale Saint-Louis lundi 25 mai à 10 H. j’invite les prêtres du diocèse à célébrer la messe à la même heure avec d’autres confrères dans la limite de dix personnes. Chacun pourra ainsi renouveler ses promesses d’ordination au même moment. Nous serons en communion. La messe sera diffusée sur le site du diocèse le 25 mai à 16 H.

- j’ai la joie d’appeler quatre jeunes diacres afin qu’ils soient ordonnés prêtres. Certains d’entre vous les connaissent puisqu’ils sont en stage pastoral dans les paroisses de Rochefort et Saintes, je les recommande à votre prière. La célébration des ordinations sacerdotales initialement prévue le 20 juin à 10 H à la cathédrale Saint-Louis se fera de la façon suivante :

. Le 20 juin à 10 H, à La Rochelle (Cathédrale Saint-louis), seront ordonnés prêtres Joseph Marie Vo Ta Sam et Eric Ndikubwayo

. Le 27 juin à 10 H, à Saintes (Cathédrale Saint-Pierre), seront ordonnés prêtres Brice Degbey et Jean- Eudes Blandin de Chalain

. Si pour des raisons diverses ces célébrations ne peuvent avoir lieu en juin, la date du 12 septembre est retenue.

La fête de Pentecôte approche, restons unis dans la prière comme l’étaient les apôtres et la Vierge Marie.

  • -        De tout coeur, je demande la bénédiction du Seigneur sur chacun d’entre vous et vous redis ma fraternelle communion.

Vers une sobriété heureuse

Lettre pastorale pour une croissance sobre et joyeuse

Mgr Georges Colomb

Evêque de La Rochelle et Saintes

Lettre pastorale aux Fidèles, aux animateurs pastoraux, aux équipes pastorales, aux religieuses et religieux, aux diacres permanents et aux prêtres du diocèse de La Rochelle.

Chers frères et soeurs,

Dans la lettre que j’ai envoyée aux prêtres le jeudi saint, j’ai attiré l’attention sur quatre points, notamment sur le fait que l'Eglise peut et doit accompagner le mouvement de la 'sobriété heureuse'. C’est ce thème que j’ai souhaité développer dans la lettre que je vous adresse aujourd’hui, alors que nous approchons d’une période de déconfinement et que la Semaine Laudato Si, célébrée du 16 au 24 mai doit nous encourager à développer les initiatives en faveur de la « Sauvegarde de la maison commune », selon la formule du pape François dans son encyclique. Cette semaine spéciale, parrainée par le Dicastère pour le service du développement humain intégral, marque le 5e anniversaire de la publication de l’encyclique.

 La lettre pastorale que je vous envoie aujourd'hui se fonde sur une conviction: le changement de notre rapport à la création ne pourra être effectif qu'à la condition que nous entrions dans un chemin de conversion de notre rapport au réel qui nous fasse passer d'une société de l'avoir à une société de l'être, d'une société de consommation effrénée à une société ayant le souci du respect de notre planète, d'une société d'égoïsme et de chacun pour soi à une société du don, de la présence à l'autre, particulièrement au plus fragile, bref d’une société qui s’inspire de l’évangile.

Une telle conversion ne peut que s'enraciner dans une vie spirituelle qui nous donne à contempler le Dieu Père et qui restaure en nous les trois "relations vitales" dont parle le pape François "la relation avec Dieu, avec le prochain, et avec la terre " (LS n°66)

L'annonce renouvelée de l'Evangile au XXIème siècle ne peut faire fi de la dimension écologique qui porte en elle le souci de la préservation des ressources essentielles à la vie, gage de paix et de sécurité pour notre monde

Afin de nous aider à parcourir ce chemin de conversion et à initier des actions concrètes, j'ai nommé deux délégués diocésains à l'écologie intégrale : Madame Marie REMY et Monsieur Jean-Marie MARCHAND, diacre permanent.

Ils nous aideront à relever dans notre diocèse ce nouveau défi que la modernité lance à notre Eglise, un défi exaltant qui va nous conduire à approfondir un peu plus notre relation au monde, aux autres et à Dieu.

Avançons sans peur car l'Esprit de Jésus Christ ne nous abandonne pas : "l’Esprit Saint possède une imagination infinie, propre à l’Esprit divin, qui sait prévoir et résoudre les problèmes des affaires humaines, même les plus complexes et les plus impénétrables" disait le saint pape Jean-Paul II (LS n°80).

Mettons-nous à l'ouvrage sans tarder car l'urgence nous presse d'agir et Dieu a besoin de chacun de nous !

Grandir sobrement et joyeusement, c’est vivre de manière eucharistique !

"La spiritualité chrétienne propose une croissance par la sobriété, et une capacité de jouir avec peu" (Pape François Laudato Si numéro 222)

Notre terre et notre société sont malades. Ces deux crises, écologique et humaine, apparaissent de plus en plus comme indissociables. La crise sanitaire que nous traversons à cause de la pandémie du Coronavirus sonne comme un nouvel avertissement pour l'humanité en ce début de XXIème siècle, comme un signe supplémentaire. C'est à cause de cette pandémie que la rencontre des jeunes entrepreneurs et économistes chrétiens prévue à Assise du 26 au 28 mars 2020 a dû être reportée. Elle avait pour thème "L’économie de demain, respectueuse de l’humanité et de l’environnement". Le pape François proposait de réfléchir à une économie de la vie, une économie inclusive qui humanise et prenne soin de la création au lieu de détruire l'homme et la nature.

Il y a urgence. Il nous faut repenser nos modes de vie, interroger nos priorités, redéfinir nos objectifs pour préparer aux générations à venir une terre habitable et des temps de paix. Il faut nous projeter dans l’avenir, penser à l’héritage que nous laisserons aux générations suivantes.

Chacun de nous est invité, pour lui-même, pour sa famille, pour les groupes auxquels il appartient à vivre une prise de conscience de la gravité de la situation et de la nécessité d’une "conversion qui nous unisse tous" (Laudato Si LS n°14) en vue d’une action responsable. "Ce qui arrive en ce moment nous met devant l’urgence d’avancer dans une révolution culturelle courageuse", pour une "écologie intégrale" qui à la fois préserve la création, mène le combat pour la justice envers les pauvres et redécouvre un chemin intérieur de paix et de joie. (LS n°114)

La voie de la sobriété apparaît comme le seul chemin. Reste à en définir les modalités pratiques.

L'Eglise peut et doit accompagner le mouvement de la "sobriété heureuse". Porteuse d'une tradition pluri millénaire d'un art de vivre tourné vers l'essentiel, elle s'est engagée de manière décisive en faveur d'une "saine croissance" selon les mots du pape François dans l'Encyclique Laudato Si (n°193), saine croissance qui n’est pas décroissance !

Pour le Pape François la sobriété, pour être libératrice, est d'abord une attitude spirituelle qui s'enracine dans une vie de foi et de prière : “La spiritualité chrétienne propose une autre manière de comprendre la qualité de vie, et encourage un style de vie prophétique et contemplatif, capable d’aider à apprécier profondément les choses sans être obsédé par la consommation. […] Il s’agit de la conviction que ‘moins est plus’. […] La spiritualité chrétienne propose une croissance par la sobriété… C’est un retour à la simplicité qui nous permet de nous arrêter pour apprécier ce qui est petit, pour remercier des possibilités que la vie offre, sans nous attacher à ce que nous avons ni nous attrister de ce que nous ne possédons pas” (LS n° 222).

La sobriété et l'histoire du salut

Certains ont pu dire du judéo christianisme qu'il porte une lourde responsabilité dans l'exploitation de la nature par l'homme. Ce reproche se fonde sur le récit même de la Création tel qu'il nous est parvenu dans lequel Dieu dit "Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance. Qu’il soit le maître des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, des bestiaux, de toutes les bêtes sauvages, et de toutes les bestioles qui vont et viennent sur la terre" (Gn 1, 26).

Le récit des origines peut être lu comme source d'un anthropocentrisme propre à justifier l'usage immodéré que l'homme fait de la création. Même ramené à l'emploi d'intendant, l'homme garde incontestablement la première place dans la création au sommet de laquelle il est placé, mais n’oublions pas que l’homme est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, ce qui lui confère non seulement une dignité, mais aussi une responsabilité éminentes.

L'homme est aussi doté d'une conscience qui lui permet de distinguer le bien du mal. C'est par l'exercice de cette conscience qu'il va être amené à comprendre sa responsabilité, sa place particulière dans l’ordre de la création, et à adapter son action.

Le monde biblique est un monde de sobriété. La terre qui produit la richesse appartient d'abord à Dieu. Peuple de bergers, de nomades puis, plus tard, d'agriculteurs, les hommes et les femmes de la Bible ne cherchaient pas à posséder plus que le nécessaire. La consommation débridée n'avait pas encore été inventée et de toute façon elle aurait été rendue impossible par la faiblesse des moyens de production et des échanges.

Les premières communautés chrétiennes eurent à coeur de perpétuer ces modes de vie, d'imiter la simplicité de la vie même de la Sainte Famille à Nazareth. L'idéal nous est dépeint par Paul "Frères, je dois vous le dire : le temps est limité. Dès lors, que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’avaient pas de femme, ceux qui pleurent, comme s’ils ne pleuraient pas, ceux qui ont de la joie, comme s’ils n’en avaient pas, ceux qui font des achats, comme s’ils ne possédaient rien, ceux qui profitent de ce monde, comme s’ils n’en profitaient pas vraiment. Car il passe, ce monde tel que nous le voyons" (1 Cor. 7,29-31).

Les regards du croyant sont tournés vers le Royaume et son avènement. Dans ce Royaume la première place sera donnée aux pauvres. Jésus lui-même le proclame : "si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens suis-moi !" (Mt 19,21-22).

 

Pour les Père de l'Eglise, la sobriété est ce qui caractérise le croyant nouvellement converti : "autrefois nous recherchions par-dessus tout l’argent et les domaines ; aujourd’hui nous mettons en commun ce que nous avons, nous le partageons avec les pauvres", écrit Justin, martyr vers 165.

C'était bien le luxe des villes et leurs tentations que fuyaient les ermites d'Egypte dès le IVe siècle. C'est d'eux que les moines tireront les principes édictés dans leurs règles de vie, principes de modération, de simplicité. Ainsi en est-il de la règle de saint Benoît, à l'équilibre admirable, qui définit ce qui suffit et ce qui est en excès en fonction de la santé des moines, de leur âge, de la saison, des temps liturgiques, du travail accompli, invitant en toute chose à privilégier la sobriété et l'équilibre (Commentaire de la règle saint Benoît par Soeur Christine Aptel OCSO - abbaye Notre- Dame de Saint-Joseph d'Ubexy).

Aux périodes pendant lesquelles l'Eglise se laisse rattraper par les soucis du monde, apparaissent les ordres mendiants pour ramener le peuple de Dieu à l'essentiel. Des réformateurs comme François d’Assise prônent le retour à la pauvreté évangélique. François d’Assise (1181-1226) n'avait pas l’intention de fonder un ordre religieux, mais de manière très concrète, il voulait gérer la vie des frères qui s'étaient engagés à sa suite pour l'annonce de l'Evangile. Si l'équilibre est au coeur de la vie bénédictine, c'est la fraternité offerte à tous, particulièrement aux plus démunis, qui fait la spécificité de la règle de saint François, peut-être plus que la pauvreté radicale des frères qu'elle promeut. Ecoutons le pape François : "J’ai pris son nom [François] comme guide et inspiration au moment de mon élection en tant qu’évêque de Rome. Je crois que François est l’exemple par excellence de la protection de ce qui est faible et d’une écologie intégrale, vécue avec joie et authenticité. (…) En lui, on voit à quel point sont inséparables la préoccupation pour la nature, la justice envers les pauvres, l’engagement pour la société et la paix intérieure" (LS n°10).

Partout dans le monde chrétien des hommes et des femmes se sont levés pour rappeler l'essentiel : la recherche d'une vie simple, équilibrée, une vie tournée vers Dieu, tendue vers l'espérance du Royaume à venir et marquée par la fraternité et la solidarité envers les plus pauvres. Car l'essentiel pour le croyant n'est pas d'abord la sauvegarde de la planète. L'essentiel est de se tourner vers ce qui est éternel en usant de manière équilibrée de ce qui est transitoire.

Aujourd'hui, notamment depuis la publication de la Lettre encyclique Laudato Si en 2015, même si le souci de la préservation de la nature était déjà présent dans des textes du magistère bien antérieurs, la préservation de la nature, la sauvegarde de l'environnement sont devenues des priorités pour l'Eglise au point d'écrire, petit à petit, un nouveau chapitre à la riche doctrine sociale enseignée par elle.

N’ayons pas peur de rappeler à nos interlocuteurs l’intuition prophétique du Pape François. En effet qui aurait pu imaginer, il y a cinq ans la portée de son enseignement sur l’écologie intégrale ? Interrogeons-nous : comment nous, catholiques appelés à vivre notre foi dans un diocèse, dans une paroisse, dans un mouvement pouvons-nous retrouver ces valeurs essentielles ? Comment pouvons-nous les mettre en oeuvre concrètement ?

La sobriété dans l'Eglise de notre temps 7

Sans entrer dans le débat de spécialistes autour de la question de la croissance (existe-t-il une 'bonne croissance' ou la croissance est-elle en elle-même porteuse des germes de la destruction de la planète et de l'homme ?), l'Eglise peut, dès maintenant, proposer des pistes pour vivre la sobriété heureuse prônée par Pierre Rabhi.

Qu'est-ce que la sobriété heureuse ?

La sobriété heureuse est un mode de vie qui implique pour les individus et les communautés une réduction volontaire de la consommation afin de réduire l'empreinte que les activités humaines laissent sur la planète, ses ressources, sa faune, sa flore…La sobriété heureuse se réfère implicitement à des valeurs données pour essentielles ou du moins supérieures aux seuls intérêts et plaisirs individuels : préservation de la nature, bien-être du plus grand nombre, justice sociale, préservation de la paix….. Le croyant ajoutera à cette liste non exhaustive le respect de la création bénie par Dieu, la protection des faibles, le partage juste des ressources et des richesses tel que revendiqué par les prophètes, porte – paroles de Dieu lui-même.

Les questions préalables :

Parler de sobriété heureuse, c'est manier un paradoxe. La sobriété est le plus souvent associée à la privation volontaire, au retrait de la vie du monde, au rejet de la consommation. Pour l'homme contemporain, habitué à consommer dans les pays les plus riches ou privé de tout dans les pays les plus pauvres, cela n'est pas spontanément synonyme de bonheur ! Si la sobriété peut être heureuse c'est parce qu'elle contient en germe la promesse d'un bonheur plus grand, d'un accomplissement plus humain et universel plus vaste, la révélation de la beauté du monde telle que revendiquée par Pierre Rabhi lui-même : "En même temps que le réenchantement du monde que nous aurons à accomplir, la beauté étant à l'évidence une nourriture immatérielle absolument indispensable à notre évolution vers un humanisme authentique, nous devons également et impérativement trouver une façon juste d'habiter la planète et d'y inscrire notre destin d'une manière satisfaisante pour le coeur, l'esprit et l'intelligence. J'entends par beauté celle qui s'épanouit en générosité, équité et respect, la beauté de l’âme ! Celle-là seule est capable de changer le monde, car elle est plus puissante que toutes les beautés créées de la main de l'homme, qui, pour foisonnantes qu'elles soient, n'ont pas sauvé le monde et ne le sauveront jamais. En réalité, il y va de notre survie." (Pierre Rabhi - Vers la sobriété heureuse - Actes Sud 2013).

Rentrer sur le chemin de la sobriété heureuse, c'est d'abord poser un constat et se poser quelques questions, individuellement et collectivement, puis tenter d'y répondre le plus honnêtement possible.

Le constat est accablant. Il peut se résumer en deux chiffres: aujourd'hui 1/5 e de la population du monde consomme les 4/5 e de ce qui est produit, polluant, dégradant l'environnement, creusant les inégalités. En effet, ce déséquilibre engendre la misère, la faim et la guerre, avant même que l'épuisement des ressources et le réchauffement climatique n'anéantissent toute vie sur des aires entières de notre planète. La solution ne peut pas être dans un accroissement de la consommation des pays les plus pauvres car il faudrait la production de plusieurs planètes chaque année pour satisfaire ces besoins ! Il s'agit donc pour nous, pays riches, d'opérer une prise de conscience qui va se traduire dans nos choix de consommateurs.

Quelques questions simples peuvent nous aider à opérer le discernement nécessaire :

- comment, individuellement et collectivement, voulons-nous vivre et selon quelles valeurs ?

- comment, individuellement et collectivement, pouvons-nous nous mettre à l'écoute de ce que le pape François appelle "la clameur de la terre, la clameur des pauvres" (LS n°49) pour sortir de la "culture du déchet [qui] affecte aussi bien les personnes exclues que les choses, vite transformées en ordure" LS n°22) ?

- pouvons-nous discerner le nécessaire du superflu, alléger nos vies de ce qui les encombre ?

- comment devenir davantage conscients des implications de nos actes de consommateurs, de la fabrication du produit consommé, à sa distribution et au-delà lors son recyclage ? Comment mieux consommer (proximité, sobriété) ?

- quelles activités puis-je abandonner ou réduire, pouvons-nous collectivement abandonner ou réduire, afin de dégager le temps nécessaire à un approfondissement de nos engagements ecclésiaux, politiques, associatifs, sociaux, de notre vie de prière et spirituelle ?

- comment mieux communiquer au travail, en famille, en Eglise ?

- où est mon bonheur, celui de ma paroisse, celui de ma cité, celui de ma famille, celui de mes parents âgés, celui des enfants à naître ?

- comment fédérer nos forces, nos compétences, pour avancer ?

- que vont retenir les générations futures de nos comportements ?

Des réponses que nous donnerons, individuellement et collectivement à ces questions dépendent l'avenir de notre planète et l'avenir de l'homme.

Là où le pape Paul VI avait mis en avant l'importance du "développement intégral de l'homme" (lettre encyclique sur le développement des peuples Populorum progressio en 1968), le pape François propose une "écologie intégrale". Concrètement de quoi s'agit-il ?

L'écologie intégrale comme réponse aux crises contemporaines

Gardons présent à l'esprit que nous sommes en train d'écrire une page de l'histoire. Cette distanciation est importante pour éviter les écueils, pour éviter de s'échouer dans le marécage des commentaires contradictoires qu'a pu susciter la publication de l'Encyclique Laudato Si, vue par certains comme la continuation d'une position dogmatique de l'Eglise face au progrès alors que d'autres ont pu y lire la solution à toutes les crises.

Le pape François lie intimement crise environnementale et crise sociale. Il s'agit bien sûr de sauver notre planète menacée par de nombreux maux, mais peut-être surtout de sauver l'avenir de l'humanité.

L'urgence est double, sauver la planète pour sauver l'homme. Pour cela, le pape François nous presse de mettre en oeuvre l'écologie intégrale qui suppose une "conversion intégrale de la personne" (Laudato Si n° 218), conversion du coeur et de l'intelligence destinée à purifier le coeur des hommes marqué par le péché : "La violence qu’il y a dans le coeur humain blessé par le péché se manifeste aussi à travers les symptômes de maladie que nous observons dans le sol, dans l’eau, dans l’air et dans les êtres vivants" (LS n° 2). Ce message n’est-il pas d’actualité ?

Il s'agit :

- d'interroger notre rapport au "paradigme technocratique dominant" qui conduit à appréhender toute chose, y compris l'être humain, sous le rapport de l'utile ( LS n°103- 106-114-).

- de mettre en dialogue l'économique et la politique afin de ne pas laisser au premier le dernier mot sur toutes choses (LS n° 189 et s).

- de réduire les inégalités (LS n° 138-142).

- de sauvegarder les richesses culturelles (LS n° 143-146).

- d’agir au quotidien (LS n° 147-155) en intervenant notamment sur la cadre de vie.

Ce point prend un relief tout particulier à l'heure du confinement, épreuve trop souvent synonyme d'isolement et d'exclusion ! Ecoutons le pape François "Le cadre qui nous entoure influe sur notre manière de voir la vie, de sentir et d’agir. En même temps, dans notre chambre, dans notre maison, sur notre lieu de travail et dans notre quartier, nous utilisons l’environnement pour exprimer notre identité. Nous nous efforçons de nous adapter au milieu, et quand un environnement est désordonné, chaotique ou chargé de pollution visuelle et auditive, l’excès de stimulations nous met au défi d’essayer de construire une identité intégrée et heureuse".

" La sensation d’asphyxie, produite par l’entassement dans des résidences et dans des espaces à haute densité de population, est contrebalancée si des relations humaines d’un voisinage convivial sont développées, si des communautés sont créées, si les limites de l’environnement sont compensées dans chaque personne qui se sent incluse dans un réseau de communion et d’appartenance. De cette façon, n’importe quel endroit cesse d’être un enfer et devient le cadre d’une vie digne" (LS n° 148).

Comment pouvons-nous oeuvrer à l'amélioration de notre cadre de vie :

- pour y substituer beauté, simplicité, fonctionnalité, à l'accumulation d'objets, d'images, de bruits

- pour y vivre de vraies solidarités

- pour passer de la communication à la communion

- pour que se tissent des liens d'amour, de fraternité, de partage qui mettent en échec toutes les tentations de violence, d'égoïsme et de repli sur soi ?

Tous ces objectifs (réduire les inégalités, sauvegarder les richesses culturelles, agir au quotidien..) sont à tenir ensemble pour que se réalise une écologie intégrale, héritière de l'écologie humaine du pape Jean-Paul II, mais appelée à la dépasser pour prendre soin du bien commun, de notre "maison commune", pour s'accueillir soi-même et accueillir l'autre comme un don de Dieu.

Pour Pierre Rabhi, il appartient à l'homme de prendre en compte les lois de la nature, les lois universelles qui régissaient déjà ce monde bien avant l'apparition de l'homme. La vie n'aurait jamais pu se développer sans ces deux principes simples et fondamentaux que sont la coopération et l'associativité. Associant sa voix à celle de Jean-Marie Pelt dans un ouvrage intitulé "Le monde a-t-il un sens ?" (Fayard 2014), les deux auteurs répondaient "oui" à condition de faire primer la coopération sur la compétition. Contrairement à une idée largement répandue, la nature ne fonctionne pas toujours ni exclusivement sur la compétition. La loi du plus fort peut aussi céder le pas à l’asociabilité pour privilégier des coopérations, des solidarités, qui vont dans le sens de l'évolution. Le progrès humain semble avoir abandonné ce chemin de sagesse. Il est aujourd'hui générateur de plus de disparités, d'inégalités, de malheurs que de bonheur et de paix.

Piste de travail : Le label "Église verte"

Initiative oecuménique, le label Eglise verte est proposé à toutes les paroisses et communautés locales. Lancé en 2017, il entend encourager chez les acteurs chrétiens, une véritable conversion écologique.

Concrètement, cette initiative permet d’évaluer, d’accompagner et de rendre plus visible l’engagement des acteurs chrétiens dans la démarche et, les années suivant son obtention, la poursuite de l’action dans un processus d’amélioration continue. Il s’appuie sur l’animation d’un réseau labellisé d’acteurs engagés et sur le site internet www.egliseverte.org

Plus de 400 communautés catholiques, protestantes et orthodoxes sont engagées dans le parcours Eglise verte.

Chaque communauté est invitée à remplir en ligne un "éco-diagnostic" comportant une centaine de questions qui permettent au groupe de situer ses pratiques sur le chemin de la "conversion écologique". Les questions vont de la sensibilisation au respect de la création dans la formation des jeunes à l'utilisation des énergies renouvelables.

Au-delà de l'éco-diagnostic", des fiches pratiques sont proposées pour rendre nos communautés plus vertes.

Quelques exemples de réalisations :

La Maison diocésaine Père Robert Jacquinot de Saintes, nouvellement restaurée, s'est engagée dans le processus d'acquisition du label. Jonzac, Saint Aigulin, sont en cours d'acquisition. En 2019 un lycée catholique de Saint Nazaire a été labélisé Eglise verte. Le Séminaire Saint Jean de Nantes a atteint le niveau "Lis des champs". La paroisse parisienne Notre-Dame-de-la-Croix de Ménilmontant (XXe) a installé des ruches à flanc d’église ; la société des Missions Etrangères de Paris a fait la même chose dans son jardin de la rue du Bac, elle entretient également des plantes asiatiques apportées en France par des missionnaires botanistes. D'autres paroisses proposent aux fidèles de choisir le vélo de préférence à la voiture pour se rendre à la messe. Les gobelets jetables et autre vaisselle en plastique ont été bannis des déjeuners et rencontres amicales. A Meudon (Hauts-de-Seine), la paroisse du Saint-Esprit a monté une association pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP) paroissiale. Ailleurs, un foyer propose des ateliers de réparation d’électroménager, une paroisse invite à confectionner des cosmétiques maison pour Noël et une autre propose un carême sans plastique…A chacun d'inventer ses défis en fonction de la réalité locale !

Le label Eglise verte ne prétend pas apporter toutes les solutions. Il nous aide à opérer les discernements nécessaires, à avancer sur le chemin de la conversion écologique.

Pour conclure, demandons-nous quelle est l’école qui nous apprend à vivre de manière sobrement heureuse ? Sans doute est-ce la liturgie ? Toute la liturgie, bien sûr, mais, de manière excellente, la liturgie de l’Eucharistie. D’abord, la liturgie nous demande de traverser l’épaisseur du temps consacré à Dieu et à Dieu seul, pour sa gloire et pour le salut du monde. Le temps de la liturgie est entièrement consacré à Dieu. Celui qui y participe ne recherche rien pour lui-même et c’est là qu’il goûte la plénitude que seul le Seigneur peut lui offrir. Puissions-nous vivre le temps de manière eucharistique ! Puissions-nous accueillir le temps comme un don que Dieu nous fait pour lui rendre toute grâce et toute louange ! Puissions-nous reprendre conscience que le temps appartient à Dieu !

Puissions-nous goûter à nouveau à la gratuité de tout ce qui nous est offert comme un don pour rendre grâce à Dieu, au-delà de tout critère d’utilité et de rentabilité immédiate ! Puissions-nous laisser le Seigneur libre d’habiter notre temps et d’agir en notre humanité, à travers nous !

Dans l’Eucharistie, le Seigneur « a voulu rejoindre notre intimité à travers un fragment de matière. Non d’en haut, mais de l’intérieur, pour que nous puissions le rencontrer dans notre propre monde. Dans l’Eucharistie, la plénitude est déjà réalisée ; c’est le centre vital de l’univers, le foyer débordant d’amour et de vie inépuisables. Uni au Fils incarné, présent dans l’Eucharistie, tout le cosmos rend grâce à Dieu. En effet, l’Eucharistie est en soi un acte d’amour cosmique. Elle unit le ciel et la terre, elle embrasse et pénètre toute la création. Le monde qui est issu des mains de Dieu, retourne à lui dans une joyeuse et pleine adoration »1 Qui célèbre l’Eucharistie, qui entre, un tant soit peu, dans le grand mystère de l’Eucharistie, ne peut vivre que de manière eucharistique… L’espace est restreint (même quand il s’agit d’une cathédrale !), l’horizon semble court… et c’est là que le cosmos est condensé, réuni, pour se recevoir du Père, par le Christ et dans l’Esprit, et s’offrir à Lui en retour, à travers le ministre configuré au Christ Prêtre et la poignée d’hommes et de femmes rassemblés autour de lui, manifestant le mystère de l’Église rassemblée. Il suffit de peu pour que la joie soit parfaite.

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La Rochelle, le jeudi 19 mars 2020

Chers Pères, chers amis,

Nous sommes face à une pandémie liée au coronavirus et ses conséquences nous laissent quelque peu désemparés, nous privant à la fois du lien direct avec les fidèles et à la fois des célébrations avec les paroissiens, tout au long du carême et au moins jusqu’à Pâques.

Ce temps de confinement, nous invite à la réflexion et à la prière.

Il nous faut imaginer de nouvelles formes de communication pour maintenir le lien social et rester en contact avec les paroissiens.

Voici quelques suggestions pour poursuivre ce chemin spirituel vers Pâques. Je vous invite à les reporter sur vos sites internet et – c’est le plus efficace- à les relayer par des messages directs au moyen de listings dont vous disposez ou qu’il faut constituer par téléphone.

C'est aussi une manière de rester en lien avec vos paroissiens :

  1. 1)      En image, sur le site internet du diocèse, je m’adresserai régulièrement aux fidèles du diocèse.

 

  1. 2)     Vous pouvez suivre, chaque jour, A PARTIR DU JEUDI 19 MARS, l'office des laudes (8h30) et l'office des vêpres (18h00), ainsi que l'Evangile et l'homélie donnée par un prêtre de la paroisse du centre ville de La Rochelle.  Il suffit de cliquer sur ce lien https://www.youtube.com/channel/UCHYOIHDQ-8geMSBjcW3lC4A  

     

  2. 3)      La messe télévisée :
  • -        Sur le site internet ktotv.com
  • -        La messe télévisée : chaque jour à 7h00 et 18h15 et le dimanche à 18h30
  • -        La conférence de carême de Notre Dame à Paris, chaque dimanche à 16h30
  • -        Sur France 2 : à 11h00 en direct, la messe de l'émission "Le Jour du Seigneur"

     

  1. 4)      La messe radiodiffusée :
  • -        sur France Culture à 10h00, le dimanche
  • -        sur RCF : à 19h00, le dimanche

     

               5) La prière, en temps d'épidémie.

                    Nous pouvons lire cette prière, seul ou avec nos proches et confier au Seigneur, par l'intercession de saint Roch. (cf texte en pièce jointe).       

                6 ) Une liturgie de la Parole, chez vous 

                      Nous vous proposons de célébrer chez vous une liturgie de la Parole, avec vos proches, en semaine et/ou le dimanche, selon le déroulement suivant :

  • -      signe de croix
  • -      prière : je confesse à Dieu
  • -      prière d'ouverture de la messe
  • -      lectures bibliques du jour
  • -      credo (pour le dimanche)
  • -      prière universelle (cf. livret Prions en Eglise ou Magnificat) et intentions de prière spontanées
  • -      Notre Père
  • -      Je vous salue Marie
  • -                               

                6) L'attention aux personnes

                          En ces semaines, où chacun est obligé de rester chez soi, ayons à cœur de prendre des nouvelles de nos proches et de nos voisins et de proposer nos services (courses, transport...etc). Exemple de www.voisinssolidaires.fr

    Relayer l’initiative des évêques de France le 25 mars

    L’ensemble des évêques de France invitent les Français à un geste commun le jeudi 25 mars prochain à 19h30, jour de la fête de l’Annonciation : déposer une bougie sur sa fenêtre au moment où les cloches sonneront en communion de pensée et de prière avec les défunts, les malades et leurs proches, avec tous les soignants et tous ceux qui rendent possible la vie de notre pays. Un texte complet suit.  

       En union de prière, 

        A bientôt, pour d'autres nouvelles  

                + Georges Colomb

    Evêque de La Rochelle et Saintes

                                                                               

 

      

          

 

 

Conférence donnée au groupe des Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens par Mgr Colomb à Saintes le 26 octobre 2017

 

La fondation des EDC s'inscrit dans la longue histoire du questionnement du  patronat chrétien confronté à la double exigence de la prise en compte des lois du capitalisme et de la mise en pratique des valeurs évangéliques.

Ce questionnement est au départ l'initiative de quelques-uns.  Le christianisme s'est en effet longtemps tenu  éloigné de la sphère marchande. Le Christ lui-même n'affirmait-il pas : " Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu"  (Mc 10, 17-30)  ou en Matthieu "  On ne peut servir deux maîtres, Dieu et Mammon" (Mt 6,24) ?

Pour l'Eglise, le capitalisme libéral qui s'est développé avec l'appropriation des biens de production recèle une profonde ambiguïté. D'un côté il est la mise en valeur de l'initiative et de la créativité humaine  voulue par Dieu (cf la parabole des talents), d'un autre côté, à cause de la primauté donnée à la recherche du profit, il est devenu synonyme de renversement des valeurs morales - sacrifiant l'humain à l'argent.

Après la chute du mur de Berlin et la fin programmée du communisme le saint pape Jean-Paul II dans l'encyclique Centesimus Annus (1991) publiée pour le centenaire de l'encyclique Rerum Novarum (1891) de Léon XIII s'exprimait ainsi :" L'Eglise n'a pas de modèle à proposer. Les modèles véritables et réellement efficaces ne peuvent être conçus que dans le cadre des différentes situations historiques, par l'effort de tous les responsables qui font face aux problèmes concrets sous tous leurs aspects sociaux, économiques, politiques et culturels imbriqués les uns avec les autres . Face à ces responsabilités, l'Eglise présente, comme orientation intellectuelle indispensable, sa doctrine sociale qui … reconnaît le caractère positif du marché et de l'entreprise, mais qui souligne en même temps la nécessité de leur orientation vers le bien commun. Cette doctrine reconnaît aussi la légitimité des efforts des travailleurs pour obtenir le plein respect de leur dignité et une participation plus large à la vie de l'entreprise, de manière que, tout en travaillant avec d'autres et sous la direction d'autres personnes, ils puissent en un sens travailler « à leur compte» en exerçant leur intelligence et leur liberté." (Centesimus Annus 43)

Jean-Paul II redonnait ainsi les fondamentaux : il n'appartient pas à l'Eglise de définir un modèle économique. Elle reconnait le caractère positif du marché et de l'entreprise à la condition du respect du bien commun, du respect de la dignité des hommes et de leur implication dans la marche de l''entreprise en exerçant "leur intelligence et leur liberté".

Si le pape François utilise souvent un vocabulaire plus rude, sans doute plus adapté à la dureté de notre époque, il ne dit pas autre chose. Il n’appelle pas à un renversement de l’ordre économique ou à une quelconque révolution. Il met en cause la relation de soumission à l’argent, le règne absolu de la finance et du marché sur les êtres humains, la prédominance et la perversité de la finance mondiale. Il écrit: "La crise financière que nous traversons nous fait oublier qu’elle a, à son origine, une crise anthropologique profonde: la négation du primat de l’être humain! Nous avons créé de nouvelles idoles. L’adoration de l’antique veau d’or a trouvé une nouvelle et impitoyable version dans le fétichisme de l’argent et dans la dictature de l’économie sans visage."  (La joie de l'Evangile, 55)

Pour le Pape François, le “non” à une économie qui tue " doit se transformer en "un “oui à une économie qui fait qui fait vivre parce qu’elle partage, inclut les pauvres et utilise les profits pour créer la communion".

Patrons, que vous soyez à la tête de PME ou de multinationales, vous êtes avant tout des entrepreneurs et  des dirigeants chrétiens. Vous cherchez à répondre à l'appel de l'Evangile au cœur même de l'exercice de vos responsabilités, confiants dans cette certitude que le Christ nous précède sur nos chemins de vie. Plus, vous êtes prêt à rendre compte de votre foi et à témoigner de la source de votre joie, de votre énergie,  manifestant l'Esprit en vue du bien de tous (1 Co 12,7). Vous vous interrogez : comment, au cœur de l'entreprise, devenir des témoins missionnaires?

Souvent les patrons chrétiens hésitent à exprimer leurs valeurs dans l'entreprise craignant de prêter le flanc à des attaques. Pour les cadres, trop s’afficher comme chrétien peut nuire à la carrière. Le travail apparaît comme un lieu où l'on se doit d'accueillir la diversité humaine dans le respect de chacun, ce qui exige une certaine neutralité. Cependant il n'y a pas de lieu qui ne soit appelé à recevoir la lumière de l'Évangile.

C'est souvent par des réponses modestes mais concrètes aux défis de notre temps que le patron chrétien va manifester ses convictions et sa foi. En m'appuyant sur les grands principes posés par le Doctrine sociale de l'Eglise, en retenant particulièrement 3 : le souci du bien commun couplé au respect de la dignité humaine; l'application de la subsidiarité ; la recherche de nouvelles solidarités que je veux ouvrir ici des pistes de réflexion pour découvrir avec vous comment le milieu de l'entreprise est aussi un lieu propice au témoignage missionnaire.

Les grands principes de la Doctrine sociale de l'Eglise 

Le souci du bien commun et le respect de la dignité humaine dans l'entreprise

La notion de bien commun est un élément central de l'enseignement social  de l'Eglise. Le Pape Benoit XVI définit ainsi le bien commun  "A côté du bien individuel, il y a un bien lié à la vie en société: le bien commun. C’est le bien du « nous tous », constitué d’individus, de familles et de groupes intermédiaires qui forment une communauté sociale.  Ce n’est pas un bien recherché pour lui-même, mais pour les personnes qui font partie de la communauté sociale et qui, en elle seule, peuvent arriver réellement et plus efficacement à leur bien. C’est une exigence de la justice et de la charité que de vouloir le bien commun et de le rechercher. " (Caritas in veritate, n°7).

Comment concilier ce souci du bien commun avec le monde de l'entreprise, particulièrement avec l'exigence de générer des profits ?

Le profit est le premier indicateur du bon fonctionnement de l'entreprise. Il est indispensable à la survie des entreprises et plus personne ne pourrait songer sérieusement à en remettre en cause le principe. Si questionnement il y a, celui-ci doit porter sur la masse extraordinaire des profits générés aujourd'hui et sur leur réaffectation.

Les 40 plus grandes entreprises françaises auront dégagé ensemble environ 75,5 milliards d’euros de bénéfice net en 2016. Un montant  en hausse de 32 % par rapport à celui de 2015. (Le Monde du 2 mars 2017)

Les grandes entreprises américaines  fabriquent tellement de profit qu'elles ne savent plus quoi en faire. Les 500 premières entreprises américaines ont reversé 80% de leur profit en dividendes aux actionnaires et en rachat de leurs propres actions pour servir plus de dividendes. Nous avons là l'origine des "bulles spéculatives" qui, fatalement, finissent par exploser.

La financiarisation a porté à son paroxysme la quête du « gain en capital» et celle de l’option de sortie immédiate, réalisés instantanément dans la transaction.

Ce triomphe a un prix : la disparition des valeurs de patience, loyauté, inscription dans la durée, confiance. La méfiance est partout.

La recherche d'une plus grande efficacité a par ailleurs poussé à une répartition rigide des tâches et des responsabilités qui fait perdre aux collaborateurs  le sens de leurs tâches.

Se basant sur 17 pays comptant parmi les économies les plus importantes du monde le spécialiste des fournitures de bureau Steelcase a tiré la conclusion suivante: les Français sont les moins heureux au travail (17e sur 17). Plus précisément, les travailleurs français sont globalement insatisfaits de leur environnement de travail mais également les moins impliqués dans l'exécution de leurs missions (Le Figaro, 4 mars 2016).

Ce mauvais classement s'expliquerait par le fait que les «employés français ressentent un manque de contrôle sur les aspects clés de leur travail et un niveau de stress élevé»

Les collaborateurs ne pouvant plus comprendre le sens de leur travail ni maîtriser leurs actions,  cessent de s'y intéresser.

La recherche bien commun dans et par l'entreprise n'est ni donnée, ni acquise définitivement. Les contextes générés par la modernité sont évolutifs. Le bien commun se construit dans et par un projet, dans et par un collectif d’acteurs: patron, cadres, ouvriers, salariés, actionnaires.

Rechercher le bien commun, ce n'est pas fédérer des égoïsmes ou faire converger des luttes et des revendications.

Le bien commun c’est fondamentalement le projet d’une entreprise porté par un collectif qui se trouve confronté à de multiples défis :

Comment redonner confiance, remotiver ?

Comment relever les défis qui s'annoncent déjà comme ceux de la nouvelle économie du XXIe siècle: la disparition de l'homme supplanté par la robotique?

Comment vous, chefs d'entreprises allez-vous continuer à être créateurs d'emplois  et d'emplois de qualité au XXIe siècle?

Sommes-nous condamnés à voir se multiplier les populations qui vivront d'un revenu minimum de solidarité, faute de travail ?

Si la valeur travail disparaît, autour de quelles valeurs nos sociétés déjà privées de la référence au religieux et à la famille vont-elles se structurer ?

Si nous ne possédons pas toutes les clefs de cet avenir incertain, nous pouvons cependant, appuyés sur le roc de notre foi en Dieu et en l'homme racheté, poser des jalons, fixer un horizon.

Il est de notre responsabilité de construire un monde dans lequel le travail restera une valeur et sera proposé au plus grand nombre comme chemin d'humanisation.

Cela commence par l'adoption de positionnements clairs:

- A l'heure de la mise en place des nouvelles lois sur le travail, quelles valeurs vont présider aux accords d'entreprise qui seront signés là où s'exerce ma responsabilité ?

- Qu'en sera-t-il dans mon entreprise du travail du dimanche quand il sera rendu possible par la législation ?

- Mon entreprise sera-t-elle accueillante aux jeunes demandeurs de stages ou de formation?  Saura t elle entendre les intuitions des jeunes collaborateurs ? ("Employeurs de bonne volonté, employez des jeunes !", disait votre manifeste pour une première embauche, lancé en octobre 2011)

- Quelle place pour la formation permanente qui motive et fait grandir la confiance des salariés  dans leurs capacités à évoluer ?

- Dans les critères de choix de mes fournisseurs, de mes partenaires financiers, vais-je faire entrer un paramètre de bonne conduite, la considération du respect des enjeux écologiques, de la santé des consommateurs, de la juste rémunération des salariés ici et au-delà des frontières?

J'ai été interpellé par le témoignage d'Éric Boël gérant des Tissages de Charlieu auquel la Fondation des EDC a décerné le Prix Philibert Vrau en 2016.

Dans le secteur du textile "broyé par la mondialisation" selon ses propres termes, il a mis au point une stratégie basée sur la créativité et la réactivité. 700 nouveaux tissus sont mis au point chaque mois par 14 créateurs dans son entreprise. Une place est laissée à l'intuition, à la créativité, aux paris sur l'avenir dans cette société pourtant rigoureusement gérée et en pleine croissance.

S'interrogeant sur sa vocation de chef d'entreprise, Éric Boël a été amené à discerner ses priorités. Ce n'est pas d'bord le profit. Il situe sa mission dans le fait de permettre à des familles de vivre dignement de leur travail tout en s'épanouissant dans l'entreprise. Ensuite il y a l'objectif de maintenir et de développer des savoirs faire qui trouvent leur origine dans la Corporation des Tisserands vieille de 500 ans. Comment pérenniser cette tradition au XXIe siècle avec la fabrication de tissus dits "intelligents" qui intègrent l'informatique ? Voilà le nouveau défi d'Eric Boël.

Une des clefs de la gestion des Tissages de Charlieu est l'application du principe de subsidiarité.

Ce principe est propre à remettre l'humain au centre du monde de l'entreprise, à restaurer la confiance, à faire qu'enfin les salariés français ne soient plus malheureux au travail et s'impliquent davantage dans un monde économique qui les concerne au premier chef, dans une relation apaisée entre "patron" et "salarié".

La subsidiarité

Pour Éric Boël il s'agit de mettre en place "un cercle vertueux extrêmement puissant" par lequel le salarié, par son épanouissement, va contribuer au développement de l'entreprise. Ainsi le vrai sens du travail est retrouvé.

Le principe de subsidiarité appartient au socle fondamental de la pensée sociale chrétienne. Son énoncé est simple : « Donner la responsabilité de ce qui peut être fait au plus petit niveau d’autorité compétent pour résoudre le problème. »

Comme pour toute la pensée sociale chrétienne, le principe de subsidiarité n’indique aucune recette ou solution toute faite. Il donne « des principes de réflexion, des critères de jugement, des orientations pour l’action » (Encyclique de Jean-Paul II, Sollicitudo rei socialis, 3) des orientations sur la façon dont les pouvoirs et les responsabilités peuvent être répartis dans une entreprise comme dans notre société : comment mettre en œuvre le bien-commun dans une entreprise ? Comment en repenser l’organisation ?

La subsidiarité que vous, patrons chrétiens, allez mettre en application dans votre entreprise n'est pas la délégation même si la seconde peut être une manifestation de la première.

La délégation, c'est la hiérarchie qui donne pouvoir et responsabilité à une personne dont les compétences sont reconnues. La subsidiarité part de la personne humaine.  La subsidiarité est attentive et patiente. Elle détecte les talents et leur donne les moyens de s'épanouir. Elle sait aussi, en dialogue avec le salarié concerné, reconnaître ses erreurs et trouver des solutions.

L'application de ce principe induit un véritable renversement des modèles. La hiérarchie accepte de se mettre au service de tous pour veiller à donner à chacun les moyens de l'action. Ces moyens vont des besoins en matériel à l'organisation du travail, en incluant la formation, pièce essentielle au bon fonctionnement de cette stratégie de réussite et de justice - pièce essentielle aussi de la réforme du droit du travail en cours.

Ecoutons encore Eric Boël :" Cette recherche de l'épanouissement de l'individu dans l'entreprise, [ en tenant compte des contraintes sociales et environnementales et des coûts salariaux plus élevés en France que dans d'autres pays ] est une recherche permanente….on n'arrivera jamais à être parfaits, c'est la quête du Graal, mais c'est bien dans cette direction que nous souhaitons avancer et c'est clairement ce qui permet à notre entreprise d'être performante et, dans le cadre de la mondialisation, de trouver sa place."

La solidarité  

Intimement lié au principe de subsidiarité, la Doctrine sociale de l'Eglise pose le principe de la solidarité.

" La solidarité nous aide à voir l’autre – personne, peuple ou nation – non comme un instrument dont on exploite les capacités mais comme notre semblable" disait Jean-Paul II dans l'encyclique Sollicitudo rei socialis de 1987.

Cette encyclique fut donnée dans un contexte international de crise du tiers monde miné par une dette extérieure de plus en plus lourde et par une incapacité à résoudre crises politiques et conflits sociaux.

Aujourd'hui nous pourrions ajouter à ce contexte international un nouveau paramètre: la crise climatique.

Nous pourrions aussi ajouter le fait que la mondialisation a renforcé l'interdépendance.

Des milliers de migrants sont jetés sur les routes, chassés par les guerres, la misère, le réchauffement climatique.

Déjà Jean-Paul II nous invitait à une réflexion globale sur le développement : dans les pays riches comme dans les pays pauvres, il existe des zones de mal-développement caractérisées par les problèmes de logement et de chômage, mais il existe aussi des zones de surdéveloppement, où l’on observe une disponibilité excessive de biens, source d’un esclavage de la possession et de la jouissance immédiate (, SRS 28).

L'exigence de la solidarité (autre nom de la charité) oblige le patron chrétien à ouvrir largement son horizon. Par son action sur le territoire national ou à l'étranger, il peut infléchir, modifier, initier de nouveaux chemins.

Un exemple : les rencontres Africa 2017 qui se sont déroulées d'abord en Tunisie puis en Côte d'Ivoire et au Kenya au début du mois d'octobre.

Crées en 2016, les rencontres Africa ont vocation à devenir le grand rendez-vous d'affaires des entreprises Africaines et Françaises. 300 entreprises françaises (de la PME à la multinationale) ont pu rencontrer plusieurs centaines d’entreprises africaines dans les trois capitales : Abidjan, Nairobi et Tunis. Tous les acteurs importants, publics comme privés qui interviennent en Afrique étaient présents pour donner une nouvelle image de la France et aller vers les entrepreneurs africains afin de créer de nouvelles opportunités de business.

Le but de ces rencontres est d’instaurer, de donner vie aux échanges économiques, humains et culturels, puis de structurer des partenariats tout en prenant en compte les défis majeurs auxquels les pays africains sont confrontés et notamment le déficit d’infrastructure et la pauvreté.

Ces nouveaux modèles de partenariat économique sont peut-être la meilleure réponse aux défis migratoires de notre temps.

Ils créent de la richesse et peuvent garantir aux populations locales une vie digne dans des pays enfin pacifiés.

Les patrons chrétiens ont quelque chose à dire, quelque chose à faire dans la conception et la mise en œuvre de ces nouveaux modèles.

Imprégnés de la pensée sociale de l'Eglise, ils peuvent initier des partenariats, faire fructifier leur savoir-faire en France et au-delà.

​  En guise de conclusion

Si l'entreprise est bien un lieu de mission, ce n'est peut-être pas ou très rarement dans l'annonce directe de la Parole de Dieu qui fonde notre être et notre agir.

Rarement des collaborateurs entreront directement dans un chemin de conversion parce que leur patron est chrétien.

En revanche, c'est une certitude, au travers de vos décisions, de vos orientations, vous  dites quelque chose de Dieu que vos collaborateurs, vos clients, vos fournisseurs perçoivent nécessairement.

Souvenez-vous de la parole de Pierre :" Ayez au milieu des païens une bonne conduite, afin que, là même où ils vous calomnient comme si vous étiez des malfaiteurs, ils remarquent vos bonnes œuvres, et glorifient Dieu, au jour où il les visitera." (1 Pierre 2.12).

Par la façon dont vous appliquerez dans votre entreprise la réforme du droit du travail, par la façon dont vous aurez à cœur de préserver vos salariés les plus fragiles, par les réponses que vous apporterez aux défis de la mondialisation, vous serez des patrons hors normes, dérangeants sans doute, inspirants aussi.

Souvenez-vous de l'enthousiasme du président Macron lors de sa visite de l'atelier de confection textile HandySoie d'Hélène Tricard .

Hélène Tricard est lauréate du Prix de l'entrepreneur social et solidaire, elle est aussi membre des EDC. Loin de l’image, parfois négative de l’atelier protégé, cette ancienne du groupe Hermès a recruté ses salariés grâce à une méthode permettant d'évaluer les aptitudes des candidats aux postes à pouvoir sans tenir compte des habituels critères d’âge, de sexe, d’origine, de formation initiale, ou d’expériences professionnelles. Elle cherchait des personnes habiles et minutieuses qu'elle a ensuite formées pour faire de son atelier l'incontournable partenaire des grandes maisons de couture pour les accessoires. Les débuts ont été difficiles. (17 salariés, dont la moitié ne savait pas coudre !)   Hélène Dabbadie a été guidée par la recherche du bien commun et s’est employée à aller chercher le meilleur de chacune de ses employées. « Celles qui avaient une formation en couture ont été des leaders, elles ont montré aux autres que c’était possible, et les ont aidées à acquérir les bons gestes. (…) » témoigne-t- elle aujourd'hui. Cinq ans après sa création, l'entreprise part à la conquête de nouveaux marchés dans le domaine médical et celui des travaux publics.

"Je rêve d'un nouvel humanisme européen" déclarait le pape François en recevant le prix Charlemagne. Pour fonder  ce nouvel humanisme , le pape François prônait entre autre la "recherche de nouveaux modèles économiques plus inclusifs et équitables". Qui mieux que vous peut participer à l'élaboration de ces modèles ?

+ Georges Colomb

Date de dernière mise à jour : 12/05/2020