Toussaint 2021

 

DIEU VEUT SAUVER TOUS LES HUMAINS

VOIR LARGE

Nous venons d'entendre, dans la première lecture, la vision reçue par l'auteur de l'Apocalypse.

D'abord les 144000 des tribus d'Israël. Vous l'avez compris, ce sont des nombres symboliques.

144, c'est douze par douze, c'est-à-dire une infinité ; et mille, c'est une infinité totale. Il s'agit du nouveau peuple de Dieu, l'Eglise. Ensuite, l'auteur voit cette foule immense qui vient du monde entier, « de toutes nations, peuples et langues ». C'est l'humanité entière.

     Cette vision nous invite à élargir notre regard habituel, nos perspectives courantes, nos horizons spontanés. Voyons loin, voyons haut, voyons large avec l'Apocalypse, Souvenons-nous aussi de la phrase de Saint Paul : « Dieu veut sauver tous les humains ». Sauver au sens fort : c'est-à-dire partager la vie de Dieu, son bonheur, son Amour, sa Plénitude et trouver ainsi notre plénitude humaine. Pensons à ces milliards d'hommes et de femmes qui n'ont jamais entendu parler du Christ. Par exemple aujourd'hui en Chine ou en Inde.Pensons à tous les membres de nos familles qui ne partagent pas notre foi, qui sont agnostiques ou indifférents. Tous vraiment sont appelés au salut de Dieu, à leur plénitude humaine et à vivre la fraternité universelle de la famille humaine.

     Parmi tous les humains, quelques-uns sont baptisés à leur naissance ou à différents âges. Nous avons la joie aujourd'hui d'accueillir deux jeunes de 17 et 22 ans pour la première étape de préparation de leur baptême. Je pense aussi à cet homme de 36 ans, commercial de bon niveau, né dans une famille tout à fait athée et anti-chrétienne. Il me racontait qu'à partir de 18 ans, il s'était fait la spécialité, dans les soirées de jeunes, de faire rire ses amis en se moquant de Dieu, de la foi au Christ, des curés. Mais, grâce à la fille qui allait devenir sa femme, il découvre le Christ et petit à petit, au bout de deux ans, il est devenu chrétien. Je me souviendrai jusqu'à ma mort, de son baptême. Car la seconde lecture de la messe était la conversion de Paul. Je n'ai pu m'empêcher de lui dire : « Vous voyez, vous êtes comme Paul ! » Il m'a répondu : « Oui, oui, je suis un petit Paul, je suis un converti ».

POURQUOI L'EGLISE ?

La question se pose : pourquoi certains deviennent-ils chrétiens ? Pourquoi constituent-ils l'Eglise ?

     Pour être signe que le salut de Dieu est offert à tous. Pour être signes de salut, pour être, selon l'expression théologique « sacrement de salut universel ».Le salut de tous ne dépend pas du nombre des baptisés. Qu'ils soient peu nombreux ou la majorité de la population d'un pays, ils ont à témoigner que Dieu veut sauver tous les humains, sans exception. Dans nos pays occidentaux, la crise spirituelle est forte, le nombre de baptisés diminue. Mais cela ne change rien à l'universalité du salut.

     Alors interrogeons-nous, en cette fête de la Toussaint : montrons-nous, par nos comportements, par les différentes activités de notre Eglise que Dieu veut le bonheur de tous les humains ? Que Dieu estime toute personne humaine ? Nous, chrétiens, nous accueillons consciemment cette estime. Mais elle est valable pour tous les humains. Quand des organismes de solidarité, comme le Secours catholique ou le CCFD Terre Solidaire s'intéressent à tous les humains qui font appel à eux, qu'ils aient ou non une religion, ils témoignent justement de ce désir de Dieu de partager avec tous sa vie son bonheur, son amour. Soutenons-nous suffisamment ces organismes ? Et, d'une manière plus générale, sommes-nous une Eglise vraiment accueillante ?

DEUX OBJECTIONS

     Du coup, vous allez me poser une première question : « On disait bien autrefois : »Hors de l'Eglise, point de salut » ? C'est une phrase de saint Cyprien, évêque de Carthage, mort martyr en 258. Elle a été trop longtemps interprétée dans un sens rigide.Cyprien voulait dire qu'on ne peut pas connaître le Christ si l'on n'est pas en contact avec des chrétiens, c'est-à-dire l'Eglise. Le catéchumène dont je vous ai parlé a découvert le Christ grâce à sa femme.Mais ne faut pas penser que seuls seraient sauvés les membres de l'Eglise, les chrétiens. Il est très important de bien comprendre cet adage que l'on pourrait traduire : « Hors de l'Eglise point de salut conscient ».

     Vous pouvez aussi m'interroger sur l'enfer : existe-t-il encore ? Oui, la possibilité de la damnation existe toujours. Et du côté de Dieu et du côté de l'homme.

     Du côté de Dieu, car un amour ne peut jamais s'imposer. Dieu se propose. Et plus un amour est puissant, plus il est humble.Dieu se propose dans la discrétion, à nous de l'accueillir dès maintenant, ou bien, pour ceux qui ne sont pas chrétiens, au-delà de leur mort biologique.

     Du côté de l'homme, car il est libre, du moins en certains domaines, pour certains aspects de son existence. C'est Dieu qui fonde cette liberté, qui l'a voulue.L'être humain a la liberté extraordinaire de refuser le don de Dieu, l'amour, le salut.La possibilité d'un tel refus est essentielle à la foi chrétienne, autrement le Christ ne prendrait pas au sérieux notre liberté.

     J'ajoute une précision : le purgatoire existe aussi, c'est une préparation, une purification pour voir Dieu face à face, car aucun humain, au moment de sa mort, n'est au niveau de Dieu.

     L'humanité entière ne sera pas chrétienne dans la vie d'ici bas. Mais nous espérons tous qu'elle verra Dieu face à face dans la vie définitive, dans le monde nouveau.Je vais terminer la messe par une prière dite en votre nom : « Quand tu nous auras sanctifiés dans la Plénitude de ton Amour ».Nous serons alors dans la pleine communion des saints. Cette phrase est magnifique. Nous serons alors fraternellement unis à tous les nôtres et à l'humanité entière, du moins nous l'espérons. Que cette espérance nous anime aujourd'hui et dans les semaines qui viennent.