Pâques 2022

Au début de cette semaine, un poids lourd allemand a stationné tout près de l'église. Sur l'un de ses côtés, était mentionnée, en gros caractères et en anglais l'inscription « ouvert sur l'avenir ». Je me suis dit : voilà le thème de mon homélie de Pâques! Car la fête de la Résurrection du Christ, c'est l'ouverture sur l'avenir, l'accueil d'une vie nouvelle.

 

TENTATION DE SE REPLIER SUR LE PASSE

Voyez les difficultés de l'apôtre Pierre dans l'évangile de saint Luc (24, 1-12). Lui, pourtant le chef des apôtres, pense que les propos rapportés par les femmes sur la résurrection de Jésus, semblent « délirants ». Il court au tombeau mais il s'en retourne chez lui, « tout étonné de ce qui était arrivé ». Il a vraiment du mal à sortir du passé et à aller de l'avant.

Ne sommes-nous pas souvent comme Pierre ? Nous avons tendance, en de nombreux domaines, à vouloir revenir en arrière, en idéalisant notre passé, en l'enjolivant, en faisant la toilette de nos souvenirs, en nous repliant sur nous-mêmes. Nous hésitons à faire face aux nouveautés qui surviennent et à prendre nos responsabilités pour les assumer.

Je voudrais vous rappeler trois situations où la lucidité, le courage et la foi chrétienne ont permis de faire face à des difficultés importantes, de favoriser une avancée de l'humanisation et ainsi de faire progresser la fraternité humaine. Car, « si le Christ est ressuscité, comme l'affirme Saint Bernard, c'est pour devenir l'aîné d'une multitude de frères ».

 

LUTTER CONTRE L'ANTISEMITISME

Dans le diocèse de Montauban (où je suis resté dix ans), l'évêque Mgr Théas, il y a 80 ans, a émis une protestation solennelle contre le traitement déshumanisant réservé aux juifs par les nazis, avec le consentement  du gouvernement français. L'archevêque de Toulouse, Mgr Saliège, quelques jours auparavant, avait publié sa fameuse déclaration : « tout juif est un homme qui doit être respecté dans sa dignité humaine,toute juive est une femme qui doit être respectée dans sa dignité humaine ». Ces deux évêques ont ainsi réagi contre l'antisémitisme très prégnant à l'époque. Reconnaissons que, durant des siècles, l'Eglise catholique a manifesté un réel mépris à l'égard des juifs.  Mais, grâce à de telles prises de position et à d'autres, grâce à Jean XXIII et au concile Vatican II, les juifs sont désormais respectés par l'Eglise dans leur identité propre : le peuple de la première  Alliance. Malheureusement aujourd'hui l'antisémitisme reprend du poil de la bête. Soyons vigilants sur cette réalité contraire au désir du Christ.

 

ACCUEILLIR ET NON EXCLURE

Notre pape François répète souvent qu'au cours de sa longue histoire, l'Eglise a souvent eu le choix entre deux attitudes : exclure ou intégrer. Lorsqu'elle a succombé à la tentation de l'exclusion, elle s'est rendu compte qu'elle faisait fausse route et qu'elle s'éloignait de l'Evangile. Le Christ nous invite à aller de l'avant en accueillant, avec discernement certes, les personnes et les situations nouvelles. Malgré  tout ce que l'on peut reprocher à l'Eglise, reconnaissons que, depuis une cinquantaine d'années, elle a progressé dans cette attitude : accepter les obsèques religieuses pour les divorcés remariés, être plus attentifs aux personnes en situation de précarité, y compris les immigrés (sans naïveté, bien entendu), accueillir dans les paroisses et les mouvements les divorcés-remariés, respecter les personnes homosexuelles, au lieu de les condamner et agir pour que l'homophobie recule et disparaisse.

Ces manières de faire développent la prise de conscience que Dieu nous appelle à former une unique et fraternelle famille humaine, dans le respect de l'identité de chaque personne, des cultures des divers groupes sociaux et pays. Cet accueil et cet élargissement ne se font pas sans débats ni difficultés. Mais c'est ainsi que nous préparons l'avenir désiré par Dieu « les cieux nouveaux et la terre nouvelle ».

 

ROBERT SCHUMAN RECONCILIATEUR FRANCO ALLEMAND

Je voudrais enfin rappeler l'itinéraire de Robert Schuman, homme politique français, dont la procédure de béatification est en cours. Député, il est, en 1940, interné par les nazis dans un camp de concentration mais il réussit à s'en évader. Il lutte au maximum contre l'occupation allemande et, à la Libération, exerce de nouvelles responsabilités politiques.

Au lieu de succomber à l'instinct de vengeance, sa foi chrétienne l'anime pour la réconciliation entre français et allemands. Trois guerres entre ces deux pays en moins de cent ans, çà suffit ! Et, avec Jean Monnet, incroyant (l'Esprit agit en chaque être humain!) il lance les fondations de l'Europe pour que les pays européens ne restent pas isolés les uns par rapport aux autres. Cette initiative n'avance pas facilement, elle demande courage, persévérance et perspicacité mais, peu à peu,elle constitue un ensemble qui favorise la fraternité humaine.

 

Oui, le Christ ressuscité est notre avenir et il nous invite, malgré obstacles et difficultés de toutes sortes, à aller de l'avant.

 

Père Bernard HOUSSET

 

Date de dernière mise à jour : 19/04/2022