Pâques 2019

Nous sommes heureux de fêter Marie en son Assomption car, en suivant son itinéraire, nous sommes certains de pouvoir vivre du Christ et de son Evangile

LA FOI, LUMIERE DANS LES OBSCURITES DE LA VIE

Tout d’abord, sa foi. Nous savons que la vie de Marie n’a pas été facile, à l’inverse d’un long fleuve tranquille. Mais, à la différence de la nôtre, sa foi n’a pas été ébranlée, mise en doute par le péché. Elle qui est sans péché, elle a toujours accepté de se laisser éclairer par la lumière de Dieu. Mais celle-ci n’a pas été en permanence éclatante. Le parcours de Marie a été jalonné d’épreuves et d’obscurités. L’Annonciation et la Visitation (dont je viens de lire le récit évangélique) se déroulent dans l’allégresse et l’action de grâce, j’oserai dire dans la ferveur des commencements.

Mais les difficultés successives se sont accumulées, et elles ont culminé au calvaire : voir son fils , condamné tout-à-fait injustement, mourir comme un esclave, quelle épreuve pour une mère ! Jean-Paul II, dans son encyclique “La mère du Rédempteur”, écrit : “Debout au pied de la Croix, Marie est témoin, humainement parlant, d’un total démenti des paroles de l’Annonciation, son Fils agonise sur ce bois comme un condamné”. Le pape n’hésite pas à utiliser une expression forte : “Total démenti, humainement parlant”. Et il continue d’écrire : “Par la foi la Mère participe à la mort de son Fils, à sa mort rédemptrice; mais à la différence de celle des disciples qui s’enfuyaient, sa foi était beaucoup plus éclairée” (18).

Voilà pourquoi Marie est la première à rejoindre son Fils dans la vie définitive, dans la gloire de l’Assomption. Elle nous montre qu’il n’y a pas de meilleure lumière pour nos personnes et nos existences que le Christ et sa Parole. Elle nous invite à ne pas baisser les bras, mais à tenir bon face à nos difficultés et épreuves personnelles comme aux incertitudes de notre société française, européenne et mondiale.

 

LE RESPECT DE LA DIGNITE HUMAINE

Pour continuer d’aller de l’avant, l’Apocalypse (que nous venons d’entendre en 12, 1 – 6a) nous précise l’une des convictions essentielles de notre foi chrétienne : le respect de la vie humaine,  symbolisé par l’enfant qui pourrait être dévoré dès sa naissance.

Ce respect a progressé au cours des siècles (reconnaissons l’évolution positive de nos sociétés dans certains domaines de la vie), mais pas dans la facilité. Au XVIIéme siècle, saint Vincent de Paul a transformé la conscience commune des Français par rapport à la dignité des prisonniers et des galériens, souvent traités comme des bêtes. Mais il a dû mener un réel combat pour faire évoluer les mentalités de l’époque.

Ce respect de la dignité de toute personne n’est pas encore parfaitement assuré. Il n’est pas encore perçu comme allant de soi pour les personnes les plus fragiles, l’embryon dans le ventre de sa mère, et le malade ou le vieillard en fin de vie. Pourtant, la qualité d’une société se reconnaît à la place et à l’intérêt qu’elle accorde aux plus pauvres et aux plus fragiles. Il faudra encore beaucoup de temps, de patience et d’énergie, sans croisade ni violence.

 

TOUS APPELES A RESSUSCITER COMME MARIE

Cette grandeur de la dignité humaine est d’autant plus à promouvoir que nous sommes appelés à ressusciter. L’itinéraire de Marie anticipe en effet le nôtre. Elle est ressuscitée dès la fin de sa vie terrestre, car son Fils ne pouvait pas la faire attendre pour lui communiquer sa gloire de ressuscité. Elle n’a pas connu la corruption du tombeau. Nous, nous la connaîtrons, car nous somme pécheurs (c’est le péché qui nous détruit, qui nous corrompt, qui nous déshumanise). Mais, comme Marie et grâce à son Fils, nous allons accéder à la vie éternelle et définitive, nous allons ressusciter, comme l’affirme saint Paul dans la seconde lecture.

Ressusciter, c’est passer de notre forme de vie actuelle à une forme de vie nouvelle, c’est être transformé. La transformation est l’une des étapes de toute vie, qu’elle soit végétale (pensons au gland qui devient un splendide chêne ou au grain de blé qui devient un bel épi), animale (pensons à la chenille qui devient papillon) ou humaine. Selon notre foi chrétienne, toute personne passe par trois formes de vie : celle des neuf premiers mois de son existence (les gynécologues nous disent l’importance de ce qui se passe durant cette vie intra-utérine), celle de la vie actuelle qui normalement se déroule sur plusieurs décennies, celle de la vie définitive, au-delà de notre mort biologique et où nous trouverons la plénitude de nos personnalités. chaque étape prépare la suivante.

Telle est aujourd’hui l’existence de Marie, la première à être ressuscitée après son Fils. Son humanité  a été transformée , transfigurée, glorifiée pour toujours lors de son assomption. Elle reste une femme à part entière. Mais elle a reçu la plénitude de sa féminité. Cette vérité de notre foi a été perçue très tôt, puisque Marie a été vénérée dès les débuts du christianisme. Certains se plaisent à laisser penser que, pour l’Eglise des premiers siècles, les femmes n’auraient pas eu d’âme. C’est évidemment une erreur grave dont voici la raison : vers 1820, l’on a découvert les archives d’un concile qui s’est tenu en Provence au VIème siècle, époque de mutation culturelle où l’ensemble de la population passait du grec au latin. Le concile affirmait que tous les hommes sont créés par Dieu avec un corps et une âme. Un secrétaire, maîtrisant mal le latin a écrit “viri” (d’où vient le mot français viril, c’est-à-dire les êtres masculins). Un évêque le lui a fait remarquer en disant  il ne faut pas écrire “ viri” mais “homines” qui signifie les êtres masculins et féminins. Si tu maintiens “viri”, çà laissera croire que les femmes n’ont pas d’âme. Des adversaires de l’Eglise, au XIXème siècle, se sont emparés de cette remarque pour oser dire que, jusque là, l’Eglise pensait que les femmes n’avaient pas d’âme! Rassurez-vous, Mesdames , vous avez la même dignité que les hommes et jamais aucun homme ne pourra égaler Marie, Mère de Dieu pour toujours.