Assomption 2021

 

LE MAL ET LA MORT N'AURONT PAS LE DERNIER MOT

     De ces lectures bibliques si riches, je vais méditer avec vous d'abord un élément de la première, un extrait du livre de l'Apocalypse.Ce mot grec, contrairement à ce que l'on pense, ne signifie pas « catastrophe » mais « révélation ». Son auteur décrit les visions spirituelles qui sont les siennes avec de nombreux symboles, plus ou moins compréhensibles.

     L'un d'entre eux est le grand Dragon, avec ses sept têtes et ses dix cornes. Certains ont voulu y voir une allusion à l'empire romain avec les sept collines de Rome et les dix empereurs, depuis Auguste jusqu'à Domitien. Ce n'est qu'une hypothèse. Mais ce qui est certain, c'est que cette Bête, qui symbolise le Mal, ne dévore pas l'enfant que la Femme met au monde. Cet enfant, c'est le fils de Marie, Jésus-Christ, le berger de toutes les nations. La signification de cette affirmation est claire : le Mal et la Mort n'auront pas le dernier mot. C'est Jésus-Christ qui est le salut du monde et sa victoire sur les forces du Mal et de la Mort ne fait aucun doute. A l'époque de la rédaction de ce livre, aux environs de l'an 95, les chrétiens sont l'objet de plusieurs persécutions, principalement celles de Néron et de Domitien. L'auteur veut les réconforter et les encourager. Vous êtes persécutés mais tenez bon, le Christ est toujours ressuscité et il ne vous abandonnera pas.

     Cette conviction de l'Apocalypse est aussi valable pour nous actuellement. Nous sommes confrontés à beaucoup de difficultés et d'inquiétudes. Et donc d'incertitudes. Depuis la pandémie mondiale du COVID 19 qui n'est pas encore maîtrisée jusqu'au terrorisme islamiste qu'il est difficile de juguler. Sans oublier les affrontements des grandes puissances dont la Chine. Celle-ci non seulement est en train de devenir la première puissance économique mondiale mais son dirigeant s'efforce de constituer un front commun contre les valeurs de nos démocraties occidentales. Et encore le réchauffement climatique qui ne fait plus de doute mais dont les solutions concrètes pour le diminuer sont encore à appliquer. La Parole de Dieu nous dit aujourd'hui que, face à ces réels problèmes, nous n'avons pas à perdre l'espérance. Le Christ, toujours présent, nous rend capables, par son Esprit, de relever ces défis et de permettre à son désir de salut du monde de se réaliser. Notre monde, bien que traversé par de nombreuses difficultés , ne va pas à son dépérissement mais à son accomplissement.

     Des signes de l'action du Christ ressuscité et de sa vitalité nous sont donnés chaque jour, si nous savons prendre le temps de les discerner . J'en vois un dans l'admirable témoignage donné par la famille du père Olivier Martin, assassiné par un déséquilibré qu'il avait accueilli. Durant la messe d'obsèques, ses parents, ses frères et ses belles sœurs ont osé dire « nous ne jugeons pas mais nous faisons confiance à la miséricorde de Dieu et de la Vierge Marie ».Quelle belle attitude chrétienne !

V A L E U R D U C O R P S

     Un second élément de notre foi chrétienne, révélé par cette fête de l'Assomption de la Vierge Marie, c'est la valeur de notre corps. Nous ne savons pas si Marie est morte et si elle est restée quelques jours dans un tombeau. Ou si elle est passée à son Assomption dès la fin de sa vie terrestre. Mais ce dont nous sommes certains, avec la foi de l'Eglise, c'est qu'elle n'a pas connu la dégradation de la mort ni du tombeau. Elle a été transformée, transfigurée, glorifiée dans toute sa personnalité, corps, âme et esprit. A la suite du Christ, car la mère ne pouvait pas être séparée longtemps de son Fils. Le Christ est ressuscité en effet , dans son corps. Ce n'est pas parce qu'il a rejoint son Père qu'il aurait largué son corps, comme un satellite, à moment donné, se détache de la fusée qui l'a mis sur orbite. Le Christ ressuscité vit pleinement dans son corps. Comme l'a écrit le théologien Romano Guardini, « seul de toutes les religions, le christianisme a osé insérer un corps humain en plein cœur de Dieu ».

     C'est dire la valeur de notre corps et son importance. Beaucoup d'idées fausses circulent à ce sujet dans notre société, comme si la foi chrétienne se méfiait du corps ou le méprisait. Certes il faut reconnaître qu'à certaines périodes de son histoire, l'Eglise a fait preuve de rigidité par rapport au corps et à la sexualité .Mais ce rigorisme est un faux pli, une déviation par rapport à l'essentiel de la foi chrétienne. Comment Dieu qui est devenu homme à part entière, qui, dans le sein de la Vierge Marie, a vraiment pris un corps humain, comment pourrait-il ignorer ou mépriser le corps humain ? Comment Dieu, qui, à chaque eucharistie, nous donne le Corps du Christ, pourrait-il dédaigner notre corps ? Evidemment, à l'inverse, il ne s'agit pas de faire de notre corps une idole, de l'idolâtrer.Mais le corps fait vraiment partie de notre personnalité, il n'existe pas d'âme sans corps. Et c'est dans notre corps que chacun de nous verra la Trinité face à face, après sa mort biologique. Le corps n'est pas un obstacle à la rencontre de Dieu.

     Il faut préciser que nous ne savons pas quel sera exactement l'état de notre corps, il ne sera pas semblable à sa situation actuelle.Le Christ n'a rien dit à ce sujet. Il a simplement affirmé que nous serons transformés, transfigurés, à l'image du grain de blé qui meurt en terre pour devenir un bel épi. Quelle différence entre notre vie de fœtus durant les neuf mois de notre vie intra-utérine et notre forme de vie actuelle ? La différence sera encore plus grande entre celle-ci et notre forme de vie définitive. A la suite du Christ Resssuscité, à la suite de Marie en son Assomption, nous serons complètement transfigurés, glorifiés, nous recevrons la plénitude de notre personnalité définitive, nous serons pleinement nous-mêmes. Cette fête de l'Assomption nous en donne l'assurance. Nous pouvons être vraiment dans la joie.