Lève-toi et marche. Homélies.

HOMELIE DE L'ASSOMPTION

JEUDI  15 AOUT 2019

Nous sommes heureux de fêter Marie en son Assomption car, en suivant son itinéraire, nous sommes certains de pouvoir vivre du Christ et de son Evangile

LA FOI, LUMIERE DANS LES OBSCURITES DE LA VIE

Tout d’abord, sa foi. Nous savons que la vie de Marie n’a pas été facile, à l’inverse d’un long fleuve tranquille. Mais, à la différence de la nôtre, sa foi n’a pas été ébranlée, mise en doute par le péché. Elle qui est sans péché, elle a toujours accepté de se laisser éclairer par la lumière de Dieu. Mais celle-ci n’a pas été en permanence éclatante. Le parcours de Marie a été jalonné d’épreuves et d’obscurités. L’Annonciation et la Visitation (dont je viens de lire le récit évangélique) se déroulent dans l’allégresse et l’action de grâce, j’oserai dire dans la ferveur des commencements.

Mais les difficultés successives se sont accumulées, et elles ont culminé au calvaire : voir son fils , condamné tout-à-fait injustement, mourir comme un esclave, quelle épreuve pour une mère ! Jean-Paul II, dans son encyclique “La mère du Rédempteur”, écrit : “Debout au pied de la Croix, Marie est témoin, humainement parlant, d’un total démenti des paroles de l’Annonciation, son Fils agonise sur ce bois comme un condamné”. Le pape n’hésite pas à utiliser une expression forte : “Total démenti, humainement parlant”. Et il continue d’écrire : “Par la foi la Mère participe à la mort de son Fils, à sa mort rédemptrice; mais à la différence de celle des disciples qui s’enfuyaient, sa foi était beaucoup plus éclairée” (18).

Voilà pourquoi Marie est la première à rejoindre son Fils dans la vie définitive, dans la gloire de l’Assomption. Elle nous montre qu’il n’y a pas de meilleure lumière pour nos personnes et nos existences que le Christ et sa Parole. Elle nous invite à ne pas baisser les bras, mais à tenir bon face à nos difficultés et épreuves personnelles comme aux incertitudes de notre société française, européenne et mondiale.

LE RESPECT DE LA DIGNITE HUMAINE

Pour continuer d’aller de l’avant, l’Apocalypse (que nous venons d’entendre en 12, 1 – 6a) nous précise l’une des convictions essentielles de notre foi chrétienne : le respect de la vie humaine,  symbolisé par l’enfant qui pourrait être dévoré dès sa naissance.

Ce respect a progressé au cours des siècles (reconnaissons l’évolution positive de nos sociétés dans certains domaines de la vie), mais pas dans la facilité. Au XVIIéme siècle, saint Vincent de Paul a transformé la conscience commune des Français par rapport à la dignité des prisonniers et des galériens, souvent traités comme des bêtes. Mais il a dû mener un réel combat pour faire évoluer les mentalités de l’époque.

Ce respect de la dignité de toute personne n’est pas encore parfaitement assuré. Il n’est pas encore perçu comme allant de soi pour les personnes les plus fragiles, l’embryon dans le ventre de sa mère, et le malade ou le vieillard en fin de vie. Pourtant, la qualité d’une société se reconnaît à la place et à l’intérêt qu’elle accorde aux plus pauvres et aux plus fragiles. Il faudra encore beaucoup de temps, de patience et d’énergie, sans croisade ni violence.

TOUS APPELES A RESSUSCITER COMME MARIE

Cette grandeur de la dignité humaine est d’autant plus à promouvoir que nous sommes appelés à ressusciter. L’itinéraire de Marie anticipe en effet le nôtre. Elle est ressuscitée dès la fin de sa vie terrestre, car son Fils ne pouvait pas la faire attendre pour lui communiquer sa gloire de ressuscité. Elle n’a pas connu la corruption du tombeau. Nous, nous la connaîtrons, car nous somme pécheurs (c’est le péché qui nous détruit, qui nous corrompt, qui nous déshumanise). Mais, comme Marie et grâce à son Fils, nous allons accéder à la vie éternelle et définitive, nous allons ressusciter, comme l’affirme saint Paul dans la seconde lecture.

Ressusciter, c’est passer de notre forme de vie actuelle à une forme de vie nouvelle, c’est être transformé. La transformation est l’une des étapes de toute vie, qu’elle soit végétale (pensons au gland qui devient un splendide chêne ou au grain de blé qui devient un bel épi), animale (pensons à la chenille qui devient papillon) ou humaine. Selon notre foi chrétienne, toute personne passe par trois formes de vie : celle des neuf premiers mois de son existence (les gynécologues nous disent l’importance de ce qui se passe durant cette vie intra-utérine), celle de la vie actuelle qui normalement se déroule sur plusieurs décennies, celle de la vie définitive, au-delà de notre mort biologique et où nous trouverons la plénitude de nos personnalités. chaque étape prépare la suivante.

Telle est aujourd’hui l’existence de Marie, la première à être ressuscitée après son Fils. Son humanité  a été transformée , transfigurée, glorifiée pour toujours lors de son assomption. Elle reste une femme à part entière. Mais elle a reçu la plénitude de sa féminité. Cette vérité de notre foi a été perçue très tôt, puisque Marie a été vénérée dès les débuts du christianisme. Certains se plaisent à laisser penser que, pour l’Eglise des premiers siècles, les femmes n’auraient pas eu d’âme. C’est évidemment une erreur grave dont voici la raison : vers 1820, l’on a découvert les archives d’un concile qui s’est tenu en Provence au VIème siècle, époque de mutation culturelle où l’ensemble de la population passait du grec au latin. Le concile affirmait que tous les hommes sont créés par Dieu avec un corps et une âme. Un secrétaire, maîtrisant mal le latin a écrit “viri” (d’où vient le mot français viril, c’est-à-dire les êtres masculins). Un évêque le lui a fait remarquer en disant  il ne faut pas écrire “ viri” mais “homines” qui signifie les êtres masculins et féminins. Si tu maintiens “viri”, çà laissera croire que les femmes n’ont pas d’âme. Des adversaires de l’Eglise, au XIXème siècle, se sont emparés de cette remarque pour oser dire que, jusque là, l’Eglise pensait que les femmes n’avaient pas d’âme! Rassurez-vous, Mesdames , vous avez la même dignité que les hommes et jamais aucun homme ne pourra égaler Marie, Mère de Dieu pour toujours.

 

HOMELIE DE PAQUES

DIMANCHE 21 AVRIL 2019

 

 

Nous avons vécu, ces derniers mois , deux évènements très significatifs, très symboliques de notre parcours en humanité.

En décembre, à l’occasion d’une manifestation, la tombe du soldat inconnu, sous l’Arc de triomphe, a été dégradée, saccagée. Nous avons tous été choqués, scandalisés. Car le respect des morts, depuis cent mille ans, tous les savants sont d’accord, est un des signes qui marquent la différence entre les espèces animales et la notre. Quelques semaines plus tard, j’ai entendu, sur une chaine de TV, un gilet jaune dire : “même les nazis, en juin 40, n’ont pas osé détruire ce monument si important pour les français”. Oui, un mort se respecte, surtout quand il a donné sa vie pour que les français soient libérés du totalitarisme germanique.

Une telle destruction, une telle violence sont un signe de régression humaine, de deshumanisation. Comme quoi, rien n’est acquis, rien n’est définitif. Devenir vraiment humain ne va pas de soi, n’est pas automatique. C’est une tache qui n’est jamais achevée et qui peut régresser. En chacun de nous, pulsion de mort et pulsion de vie, pulsion de destruction et pulsion de construction s’affrontent en permanence. Nous sommes en chemin. Cela est vrai aussi sur le plan collectif. C’est la fameuse expression de Valéry, après la seconde guerre mondiale : “Civilisations, hélas! nous savons que nous sommes mortelles”. Reculer ou avancer vers notre plénitude humaine, détruire ou construire notre humanisation demande un combat, une lutte , des efforts permanents.

C’est ce que le Christ a pleinement réalisé. Nous, chrétiens, nous croyons que, dans son parcours, il a toujours construit son humanité sans reculer, sans régresser, sans péché. Car nous croyons qu’il est pleinement homme, qu’il est l’homme en perfection. Nous croyons que nous avons vraiment besoin de lui, de son soutien, de sa vie pour que nous puissions, à notre tour, à sa suite et grâce à lui, construire et réussir notre pleine humanisation.C’est ce que nous voulons dire lorsque nous affirmons que le Christ est notre Sauveur et le Sauveur de l’humanité. Il nous arrache peu à peu à nos péchés, à nos pulsions de destruction pour que nous puissions parvenir à la plénitude de notre humanisation qu’il a réussie dans sa personne.

 

Lundi dernier, la cathédrale de Paris a été victime d’un grave incendie, drame qui a suscité une émotion mondiale. Cet édifice, qui existe depuis plus de 800 ans, a défié les siècles, les inondations et les bombardements, les révolutions et les changements de régimes. Elle paraissait indestructible! Et bien non, malgré tous les soins apportés à son entretien et à sa conservation, elle était fragile, vulnérable. Certes elle va être reconstruite et la France ainsi que d’autres pays ne manquent pas de talents.Il n’empêche que s’il a fallu 120 ans pour la construire, il n’a fallu que quelques heures pour l’endommager et la blesser gravement.

Cette cathédrale Notre Dame de Paris, Notre Dame de France, Notre Dame du monde n’est-elle pas ainsi le symbole de notre fragilité humaine? Chacun de nous, chacune de nos familles est vulnérable : une maladie, un accident de circulation, un échec professionnel peuvent endommager un équilibre, une stabilité que nous essayons de réaliser et de maintenir coûte que coûte. Rien n’est sûr, rien n’est assuré définitivement, tout peut se casser brutalement. Certains d’ailleurs pensent que la mort est la fin de tout pour chacun comme pour l’humanité entière. C’est ce que disait Poincaré, un grand mathématicien du début du XXème siècle : “l’aventure humaine : un éclair de lumière entre deux nuits.”

Nous, chrétiens, nous ne pensons pas comme lui. Si la première nuit  a été réelle avant le début du monde, il y a 15 milliards d’années, l’aventure humaine, qui a commencé il y a 7 millions d’années, tant sur le plan personnel que collectif, ne va pas vers une seconde nuit. Nous croyons que le Christ, en ressuscitant, est le premier à entrer dans une vie définitive qui ne connait plus échecs, fragilités et vulnérabilités. Comme le Christ et grâce à lui, chacun de nous est appelé, après sa mort biologique, à ressusciter, à partager le bonheur de la Trinité, à bénéficier de la solidité de Dieu. Voilà pourquoi nous somme heureux en célébrant cette fête de Pâques.

 

HOMELIE DE NOEL

 

Connaissez-vous la question qu’un  enfant de six ans a récemment posée à ses parents lorsque ceux-ci installaient la crèche dans leur salle de séjour? La question est la suivante : “pourquoi Dieu, il s’est fait petit bébé?” Les parents, qui sont chrétiens, ont donné la réponse qui est le coeur de notre foi : “c’est par amour pour nous tous que Dieu s’est fait petit bébé”. Quand leur enfant sera plus grand, ils pourront préciser : “Dieu, par amour, a voulu devenir comme nous pour que nous puissions devenir comme lui et ainsi devenir pleinement nous-mêmes”.

DIEU EST AMOUR

     Les bergers ont sans doute été très étonnés, dans leur expérience spirituelle extraordinaire, de découvrir que le Sauveur qui leur était annoncé est un bébé qui vient de naitre dans une pauvre grotte. Et oui, Jésus n’est pas né dans un palais, il n’a pas voulu montrer de la force et de la puissance à la manière humaine. Sa seule puissance est celle de l’amour. Et l’amour véritable se propose délicatement, modestement, humblement, sans chercher à s’imposer. Je n’ai pas besoin d’insister. Vous tous, dans vos familles, vous vous aimez, vous essayez de vous aimer en vous donnant les uns aux autres, en vous accueillant les uns les autres, sans vous imposer, sans chercher à faire pression.

     Vous comprenez donc très bien que, lorsqu’un amour est parfait, celui de Dieu, lorsqu’il est un amour tout-puissant, il ne peut être que modeste et humble. Voilà pourquoi le

Christ est né pauvre, a toujours vécu dans la pauvreté et la simplicité. Il a vécu ainsi jusqu’à sa mort sur la croix, sans s’imposer à quiconque. Il n’a jamais répondu à la violence par la violence, au mépris par le mépris. Aussi Dieu son Père l’a ressuscité trois jours après sa mort. Il nous montre ainsi que son itinéraire humain est le bon et que l’amour aura le dernier mot de nos vies.

LA GRATUITE DE L’AMOUR

     Mais nos existences, depuis une centaine d’années, ont considérablement évolué. Voyez tous ces changement dans le confort de la plupart des habitations, des les relations homme-femme, dans l’éducation, dans la communication et les medias, dans les sciences et les techniques, dans les transports...Je pourrais continuer longtemps cette énumération.Mais ce qui se comprend bien par rapport à tous ces changements de notre vie courante, c’est qu’ils ont une conséquence sur notre relation à Dieu. On peut dire, de façon rapide, que Dieu n’est plus utile pour notre vie de tous les jours. On peut très bien s’en passer, tout en ayant des valeurs et en donnant un sens immédiat à notre vie ordinaire. Ce changement dans notre relation à Dieu n’est-il pas précisément une chance? Ne pouvons-nous pas passer par rapport à lui d’une relation d’utilité à une relation de gratuité? Dieu est amour et l’amour est gratuit, il ne se vend pas, il ne s’achète pas. Quand vous essayez de vous aimer dans vos familles, vous vous aimez de manière désintéressée, gratuite.

EXPRIMER A DIEU NOTRE GRATITUDE

     Aussi demandons-nous si nous savons répondre à l’amour de Dieu par notre amour gratuit et désintéressé. Savons-nous exprimer à Dieu notre gratitude? Quel temps prenons-nous durant la semaine pour dire merci à Dieu? Comparons le temps que nous passons devant la TV ou avec notre portable et le temps que nous passons pour Dieu, que nous lui donnons.Par la prière, la méditation, l’écoute de la Parole de Dieu, la participation à la messe.

DEVELOPPER LA FRATERNITE PAR LE DIALOGUE

     Puisque Dieu est Amour, il y a une autre conséquence. Il nous invite à développer la fraternité au lieu du mépris ou de l’indifférence, le dialogue au lieu de la violence. La fraternité est l’une des trois valeurs de  notre devise républicaine. Mais elle est sans doute la plus difficile à mettre en oeuvre. Car ce n’est pas spontanément que nous cherchons à dialoguer avec les personnes qui ne pensent pas comme nous, qui ont d’autres idées, d’autres références.

     Ces dernières semaines, dans notre France, des questions importantes ont été posées sur la justice, les inégalités, le pouvoir d’achat, la répartition des richesses, le fonctionnement de la démocratie... Il nous faut aborder ces questions avec lucidité et courage pour aller de l’avant, sans que chacun se replie sur lui-même. Notre fraternité pourra progresser par un dialogue en vérité, même si les réponses à ces questions sont complexes. Oui, Noël, c’est non seulement la naissance de Jésus, l’enfant-Dieu.Mais c’est aussi la fête de tous les humains, de la famille humaine, puisque nous avons tous le même Père du ciel et que nous sommes ses enfants. Noël nous donne l’assurance que la fraternité dans le dialogue est possible si nous suivons le chemin de Jésus.

 

 

 

HOMELIE DE LA TOUSSAINT 2018.

 

Y a-t-il une vie après la mort ?

 

A un moment ou à un autre, chaque être humain se pose cette question. Certains pensent qu’il n’y a rien. Pour eux, nous disparaissons pour toujours, comme les feuilles d’automne qui pourrissent dans la terre. Quelques-uns estiment que la croyance en une vie après la mort a été inventée par des sociétés et des religions pour se prémunir contre l’angoisse de la mort et mourir plus facilement. Beaucoup s’interrogent : s’il y a une vie après la mort, quelle sera notre transformation ? Dans quel état serons-nous ? Leur perplexité est grande.

 

La foi chrétienne depuis 2000 ans affirme que la mort n’est pas la fin de notre vie terrestre mais qu’elle est un passage vers une vie nouvelle et éternelle.

 

 Pourquoi notre foi ose-t-elle cela ? C’est qu’elle s’appuie sur les paroles et les actes du Christ Jésus. Celui-ci a vécu comme nous durant 33 ans, est mort. Mais il est ressuscité trois jours après, c’est-à-dire, est passé à une vie définitive qu’il avait annoncée durant son existence terrestre. Il est le premier de cordée de tous ceux et celles qui vont le suivre dans ce passage de la Résurrection : d’abord les baptisés qui, au baptême, ont reçu cette vie du Christ qui ne peut plus mourir, puis tous les autres humains au-delà de leur mort biologique. Sauf ceux qui refuseraient à 100% ce don de Dieu.

 

En cette fête de la Toussaint, précisément, nous fêtons tous ces hommes et toutes ces femmes qui ont essayé, leur vie durant, de vivre comme le Christ. Maintenant, ils partagent sa vie et ont reçu la plénitude de leur personnalité humaine. Certains sont connus et ont réalisé des choses extraordinaires comme Saint Martin, Saint Vincent de Paul ou Sainte Thérèse de Lisieux.  D’autres sont anonymes et ont eu une vie tout à fait ordinaire mais en étant unis au Christ et en se laissant animer par son Esprit-Saint. Il y en a dans nos familles, soyons-en certains.

 

 La sainteté du Christ n’est pas inaccessible, elle est à notre portée, elle ne demande pas de réaliser des performances, elle consiste dans le partage de la vie de Dieu, jour après jour.

 

Notre pape François vient de le re-affirmer dans un très beau texte sur la sainteté, qu’il a intitulé « Soyez dans la joie et l’allégresse » . Il nous montre que la sainteté se réalise dans la simplicité.. "Cette sainteté à laquelle le Seigneur t’appelle grandira par de petits gestes. Par exemple, une dame va au marché pour faire des achats, elle rencontre une voisine et commence à parler, et les critiques arrivent. Mais cette femme se dit en elle-même : « non, je ne dirai du mal de personne ». Voilà un pas dans la sainteté ! Ensuite, à la maison, son enfant a besoin de parler de ses rêves et, bien qu’elle soit fatiguée, elle s’assoit à côté de lui et l’écoute avec patience et affection. Voilà une autre offrande qui sanctifie ! Ensuite, elle connaît un moment d’angoisse mais elle se souvient de l’amour de la Vierge Marie, prend le chapelet et prie avec foi. Voilà une autre voie de sainteté. Elle sort après dans la rue, rencontre un pauvre et s’arrête pour échanger avec lui avec affection. Voilà un autre pas ». (n° 16)

 

Continuons d’avancer sur le chemin de notre sainteté, jour après jour, dans notre vie courante.

 

 

 

MARIE EN SON ASSOMPTION

Messe du 15 août 2018

 

 

          Marie a reçu beaucoup de titres. Elle est appelée Reine des Saints, Reine du monde, Mère de l’Eglise, Mère du Verbe incarné, mère du Christ, Mère de Dieu (c’est sans doute le titre le plus prestigieux pour une femme de notre terre que d’avoir donné naissance à Dieu en personne). Mais je préfère le titre, très simple, “Première des chrétiens”, comme nous l’avons chanté au début de la messe “Marie, la première en chemin”.

 

 

          MARIE, LA PREMIERE DES CHRETIENS

 

          Quand nous disons que Marie est une chrétienne, nous la reconnaissons comme proche de nous. Et surtout, nous la référons au Christ. Nous savons qu’elle l’a accueilli, puis qu’elle l’a suivi tout au long de sa vie comme nous essayons de le faire. Mais c’est le Christ qui est l’essentiel. C’est Lui qui est le Sauveur et sans le Christ, Marie ne serait rien.

          Quand nous disons que Marie est la première des chrétiens, nous montrons sa situation exceptionnelle. C’est grâce à elle que Dieu s’est fait homme. Pourquoi Dieu a-t-il voulu devenir homme comme nous?  Pour que nous devenions comme Lui, pour que nous partagions son bonheur, sa liberté, grâce à Marie. Oui, elle a eu un itinéraire exceptionnel. Elle a, en quelque sorte, le prix d’excellence de la foi.

          Mais nous devons bien comprendre que, si elle est la première, son itinéraire n’a pas été facile. Elle a du faire confiance à Dieu et au Christ à travers les obscurités, les épreuves, les méandres de son itinéraire. Lors de la conception virginale de Jésus, elle ne comprenait pas, puisqu’elle a même posé la question : “Comment cela se fera-t-il que je devienne enceinte, puisque je ne connais pas d’homme ? “. Durant les noces de Cana, le Christ lui répond rudement : “ Que me veux-tu, femme?”. Elle manifeste tout de même sa confiance en disant aux serviteurs : “Tout ce qu’Il vous dira, faites-le”. Sans parler du Calvaire...C’est que Marie n’a jamais été dans la soumission, la passivité, la résignation. Elle a toujours vécu sa relation au Christ de manière active, positive, même si elle a été souvent douloureuse. La foi chrétienne authentique n’est jamais de la soumission ni de la résignation.

          Si nous pouvons dire que Marie est vraiment la première des chrétiens, cette conviction entraine, parmi beaucoup d’autres, deux conséquences.

 

 

         

     S’ASSUMER EN REPONSE A L’APPEL DE DIEU

 

          L’Assomption de Marie annonce l’accomplissement de notre humanité. L’itinéraire de Marie est en train de devenir le nôtre. Elle, elle est est parvenue au but. Nous, nous y parviendrons en nous assumant comme elle. Marie s’est assumée, c’est-à-dire qu’elle s’est prise en charge pour répondre à l’appel de Dieu. Elle a assumé sa condition, sa vie, le choix qu’elle avait fait d’accueillir Dieu Le Fils. On dit bien de quelqu’un qu’il assume sa condition, qu’il assume ses choix. Tel est le sens de l’Assomption : Marie est maintenant une femme qui, pleinement assumée dans son assomption, a trouvé la plénitude de sa personnalité avec le Christ dans la Trinité. Elle nous montre vers quoi nous nous orientons en nous assumant jour après jour. Ainsi serons-nous, nous aussi, dans notre assomption, comme elle.

          J’ai voulu vérifier dans le Petit Robert le lien entre le verbe “assumer” et le mot “assomption” qui est un mot du langage catholique. Ils viennent tous les deux du même mot latin. Ce dictionnaire donne une citation de Jean-Paul Sartre : “C’est à partir du regard des autres que nous nous assumons comme nous”. On cite souvent de Sartre la fameuse phrase “L’enfer, c’est les autres”. Ici, il a montré au contraire que c’est grâce aux autres que nous pouvons devenir nous-mêmes. Nous assumer comme personne autonome. C’est ce qu’a fait Marie : elle a grandi dans son autonomie, mais pas dans son indépendance. On confond souvent les deux. On ne peut pas être indépendant si l’on veut devenir une grande personnalité. Il faut chercher à être autonome pour vraiment s’assumer. Marie s’est toujours reçue de Dieu et des autres. Ce sont ces relations qui, peu à peu, lui ont permis de se construire. Nous, nous constatons qu’à son exemple, nous devenons nous-mêmes aussi en nous recevant des autres et en nous donnant à eux. En nous recevant de Dieu et en nous donnant à Lui. Ainsi chacun de nous peut vraiment devenir lui-même. Si nous essayons, comme Marie, d’accueillir Dieu et les autres et de nous donner à eux, nous deviendrons vraiment nous-mêmes.

 

          VALEUR DU CORPS

 

          La seconde conséquence, c’est la valeur du corps. Le Christ est ressuscité dans son corps. Il est toujours vivant dans son corps d’homme. Marie, c’est la foi de l’Eglise, est ressuscitée dans son corps de femme. Nous ne savons pas si elle est morte. Pour ceux et celles qui ont fait le pèlerinage en Terre Sainte, à Jérusalem, on montre une église où se serait trouvé le tombeau de la Vierge. Egalement à Ephèse, on parle de la maison de Marie. Elle est peut-être morte, elle est peut-être restée comme le Christ trois jours dans un tombeau. Mais elle n’a jamais connu les dégradations de la mort, les dégradations du tombeau. A la fin de son existence terrestre, elle a rejoint le Christ dans sa gloire et toute sa personnalité a été transformée, transfigurée, nous disons glorifiée. La Mère ne pouvait pas être longtemps séparée de son Fils.

          C’est dire que le corps est très important. Beaucoup de fausses idées circulent là-dessus en ce moment dans notre société, comme si le foi chrétienne méprisait le corps. Mais non, Dieu s’est fait homme, Il a vraiment pris un corps humain. C’est dans son corps que Marie a donné naissance à Dieu. Le corps, c’est chacun de nous. Il n’est pas simplement une enveloppe dont nous devrions nous séparer pour rencontrer Dieu. Le corps n’est pas un obstacle à la rencontre de Dieu. Nous le savons bien, nous sommes en relation les uns avec les autres par notre corps.

          Nous ne savons pas comment notre sexualité, qui caractérise chacun de nous, sera transformée. Le Christ n’a pas répondu à nos questions Il a simplement utilisé la comparaison du grain de blé. Nous ne savons pas dans quel état notre corps ressuscité se trouvera. nous ne pouvons qu’utiliser des comparaisons de réalités qui sont déjà dans notre vie terrestre., dans le sens du grain de blé. Comme, par exemple, la chenille qui devient papillon. Quelle différence entre ces deux animaux, et pourtant c’est le même être. Quelle différence aussi entre un grain de blé et le bel épi que l’on moissonne, quelle transformation! Nous croyons que notre corps, à l’image de celui de Marie, sera pleinement transformé, ressuscité, transfiguré. Et alors nous serons pleinement nous-mêmes.

 

          Nous avons donc  vraiment des raisons de célébrer cette fête de l’Assomption dans la joie et l’espérance. En ce 500ème anniversaire de la Réforme protestante, faisons nôtre le magnificat de Luther : “O toi, bienheureuse Vierge et Mère de Dieu, quelle grande consolation Dieu nous a manifestée par toi en te regardant avec tant de grâce, toi qui n’étais rien, toi qui n’avais aucun rang. Ainsi nous sommes avertis pour l’avenir que, suivant ton exemple, Il ne nous méprisera pas non plus, nous, hommes pauvres et insignifiants, mais qu’Il nous regardera  dans sa grâce”. Amen

 

                                                   père Bernard Housset évêque émérite de La Rochelle et Saintes

 

 

 

 

MESSE DE LA PREMIERE DES COMMUNIONS .

SAINT-AIGULIN. 27 MAI 2018.

 

Vous savez que notre pape François connaît et apprécie le foot-ball. Lorsqu’il était en Argentine, il était supporter du club de San Lorenzo de Buenos Aires. Comme beaucoup d’entre nous, il va sans doute s’intéresser à la coupe du Monde. A ce sujet, il a eu cette phrase : « La coupe du Monde, c’est bien mais c’est un bonheur qui passe. Jésus, lui, nous offre un bonheur plus grand, un bonheur définitif ».

Etre chrétien, c’est aussi avoir une relation avec le Christ, une relation vivante avec le Christ Vivant. Vous venez au catéchisme pour connaître le Christ. Et vos parents ont bien raison de vous envoyer au catéchisme. L’éducation à l’école, au sport, à la musique, à la danse, est nécessaire. Mais aussi l’éducation spirituelle. Car, pour choisir une religion, il faut la connaître. On ne peut pas avoir une relation avec le Christ si on ne le connaît pas. On ne peut pas choisir ce que l’on ignore.

Aujourd’hui, c’est votre première communion, vous recevez le Corps du Christ pour la première fois. Communier vient du latin, c’est « s’unir avec ». A chaque fois que nous communions au Corps du Christ, Il nous unit à lui pour que nous soyons unis avec Lui. Pour que nous participions à son bonheur. Jésus est Dieu qui est devenu comme nous pour que nous puissions partager son bonheur pour toujours.

Ce bonheur, Il nous appelle à le construire. Car Il ne fait pas les choses à notre place. A chacun de nous de prendre ses responsabilités pour construire le bonheur du Christ en famille, à l’école, au sport, dans les autres loisirs…etc . De tout cœur, je vous souhaite de trouver le bonheur définitif avec Jésus-Christ.

 

 

SECOND DIMANCHE DE PÂQUES

DIMANCHE DE LA MISERICORDE

8 AVRIL 2018

 

L’oraison d’introduction, que j’ai prononcée en votre nom à tous, s’adresse à Dieu en utilisant l’expression suivante : « Dieu de miséricorde infinie ».

Miséricorde est un mot ancien, qui signifie « un cœur qui est attentif à la misère » ou bien « l’amour du cœur pour la misère ». Comme l’écrit le Pape François, « Miséricorde et misère sont les deux termes pour faire comprendre le mystère de l’amour de Dieu quand il vient à la rencontre du pécheur ».

 

EVOLUTION HISTORIQUE

En remettant en valeur la miséricorde de Dieu, l’Eglise catholique revient de loin. Du moins en France. Car nous avons été très marqués par le jansénisme, du nom d’un théologien hollandais, JANSENIUS, devenu évêque au XVIIème siècle. Sa doctrine, s’appuyant sur certains textes de Saint Augustin, développait une présentation plutôt rigide de la foi chrétienne.

 

Je me contenterai d’un seul exemple avec la phrase connue, « hors de l’Eglise, point de salut ». C’est Saint Cyprien, évêque de Carthage vers 250 , qui en est à l’origine. Il voulait montrer que l’on ne devient pas chrétien tout seul mais toujours avec d’autres chrétiens, c’est-à-dire en Eglise. C’est l’expérience vécue par les trois adultes baptisés la semaine dernière dans notre paroisse. Ils se sont préparés à rencontrer et connaître le Christ dans une équipe d’autres adultes. Mais le jansénisme a durci cette phrase, en laissant entendre que tous ceux qui ne sont pas membres de l’Eglise ne seront pas sauvés et iront en enfer. Oui, selon le titre d’un livre de Delumeau, historien spécialiste des XVIIème et XVIIIème siècles, l’Eglise a pratiqué une « pastorale de la peur ».

 

Par réaction, selon la loi bien connue du balancier, à partir des années cinquante, on s’est mis à tout accepter, à tout justifier. On a beaucoup utilisé, à tort, une phrase de Saint Augustin : «  Aime et fais ce que tu veux ».

 

LA MISERICORDE, CŒUR DE DIEU

Aussi faut-il bien situer la miséricorde, en étant persuadé que Dieu, s’il est bon, n’est pas bonasse. Il nous aime d’un amour infini, ce qui ne signifie pas que tout et le contraire de tout soient valables. L’amour véritable est exigeant pour l’être aimé, car il désire son plus haut niveau d’existence.

 

Comme le dit le Pape François, dans l’Eglise qui doit être un hôpital de campagne et non une douane, la miséricorde a la vertu de soigner et de guérir. Ainsi le blessé rétabli pourra-t-il continuer à avancer, donner le meilleur de lui-même et recevoir la plénitude de sa personnalité voulue par Dieu de toute éternité.

 

La miséricorde est vraiment le cœur de l’Evangile, car elle est le cœur de Dieu.

 

 

MESSE DES RAMEAUX

 

En raison du mauvais temps, nous n’avons pas pu entrer dans l’église en procession. Celle-ci a été réduite à sa plus simple expression : le porte-croix, la personne qui a lu l’évangile de Marc sur l’entrée de Jésus à Jérusalem, l’homme qui portait le bénitier et moi-même. Mais cette procession est tout à fait symbolique de notre vie chrétienne. Si nous sommes ici, c’est que nous voulons suivre Jésus.

Certes, chacun de nous est unique. Chacun avance sur son chemin avec ses joies et ses difficultés, ses réussites et ses épreuves. Mais tous, nous essayons de marcher à la suite de Jésus qui a donné sa vie par amour pour toute l’humanité.

Cette semaine, la France a été victime d’un nouvel attentat djihadiste. Et nous admirons  ce colonel de gendarmerie qui , dans un geste héroïque et exceptionnel, a donné sa vie pour sauver celle d’une jeune femme otage.

J’espère qu’aucun de nous ne se trouvera jamais dans une situation aussi dramatique. Mais continuons de nous donner aux autres et de les accueillir en famille, au travail, dans nos établissements scolaires, dans nos loisirs.

Ce n’est pas en nous repliant sur nous-mêmes, de manière égoïste et individualiste, que nous trouverons le bonheur du Christ. C’est en nous donnant aux autres, et en partageant avec eux.

 

 

 

TROISIEME DIMANCHE DE CARÊME.

4 MARS 2018

 

SE LIER

 

Notre parcours de Carême se poursuit. Après « s’approcher » et « se laisser toucher », aujourd’hui c’est « se lier », se relier, s’allier, faire Alliance.

 

L’Alliance est l’un des grands fils conducteurs de la Bible. Elle commence avec Abraham. Dieu n’est pas resté dans son ciel, il a voulu « s’approcher » d’Abraham, en lui parlant et en l’appelant à sortir de chez lui (en Chaldée, au sud de l’actuel Irak) pour aller vers la Terre promise.

 

Plus tard, Dieu s’est « laissé toucher » par la détresse et la misère de son peuple, esclave en Egypte. Il choisit Moïse pour le libérer et le conduire, en traversant la Mer Rouge, vers la terre d’Abraham. Nous sommes environ en 1250 avant J-C. Sur la montagne du Sinaï , Dieu précise son identité à Moïse. Il conclut une Alliance avec lui, et le peuple qui l’a élu, en lui donnant ses commandements, ou « recommandations », comme faire le première lecture de l’Exode.

 

L’Alliance continue, tout au long de l’Ancien Testament. Elle est définitivement réalisée par le Christ, qui, à l’eucharistie, consacre «  le sang de la nouvelle et éternelle Alliance », offerte non plus seulement à un peuple, mais à l’humanité entière. C’est désormais l’Eglise, le peuple de la Nouvelle Alliance. Et le Christ réalise parfaitement cette Alliance entre Dieu et l’homme, puisqu’il est pleinement Dieu et pleinement Homme.

 

En offrant son Alliance, Dieu court un risque : celui d’être refusé. C’est ce qui se passe bien souvent. Lorsque Moïse est sur le Sinaï, le peuple fond les bagues et les boucles d’oreilles en or pour en faire une statue d’idole, et trahit le Dieu qui l’a sauvé d’Egypte. Il en sera ainsi tout au long de l’Ancien Testament et Dieu se plaint de son peuple « à la nuque raide ». Mais sa miséricorde finit par l’emporter.

 

Et nous ? Où en sommes-nous dans notre Alliance avec Dieu ? Fidélités et infidélités se succèdent. Nous avons encore du mal à croire que Dieu est ce messie crucifié ,« folie pour les puissants et sagesse pour les humbles » ( cf la seconde lecture de PAUL). Les juifs attendaient un messie glorieux et vainqueur des Romains . Nous, trop souvent, nous attendons un Dieu qui prendrait nos responsabilités à notre place et nous déchargerait de notre tâche, qui consiste à construire notre humanité. Nous avons à progresser dans l’Alliance avec Dieu.

 

Nous avons aussi à progresser dans l’Alliance avec nos frères. L’égoïsme prend le pas sur la fraternité, des expressions de racisme l’emportent parfois sur le respect. Mais des avancées se réalisent. Beaucoup aujourd’hui pensent que les humains forment une seule race, qu’il n’y a pas de races « supérieures » et de races « inférieures ».

A l’eucharistie, nous célébrons le père commun de l’humanité et , dans le Royaume de Dieu accompli, la fraternité de tous sera pleinement accomplie.

 

 

 

PREMIER DIMANCHE DE CARÊME

                                                                                                                              18 FEVRIER 2018

 

S’APPROCHER

 

 

En débutant sa vie publique, Jésus prononce ses premiers mots, nous venons de les entendre : « le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Evangile . »

 

Le règne de Dieu, c’est Jésus en personne. Oui, grâce à lui, Dieu s’est approché de notre nous, il est devenu proche de chacun de nous comme de l’humanité entière . Beaucoup de commentateurs de la parabole du Bon Samaritain disent que Dieu s’est  approché de nous tous comme le Bon Samaritain s’est approché de l’homme blessé par des brigands, pour le soigner et le sauver. Dieu en effet n’a qu’un désir, une seule volonté : nous partager son bonheur.

Puisque Dieu s’est rendu proche de chacun de nous par son incarnation, puisque Dieu est « descendu » vers nous, comme nous l’affirmons dans le Credo , ne le dédaignons pas. Allons à sa rencontre et    accueillons-le. Dans le dernier livre de la Bible, l’Apocalypse, le Seigneur dit : «  Je viens, je frappe à la porte. Si l’on m’ouvre, je prendrai le souper avec celui qui m’a ouvert. » Telle est la singularité de Dieu : prendre son repas avec nous pour nous manifester sa proximité, sa familiarité. Y pensons-nous assez à chaque eucharistie ?

Prenons une décision de Carême : pour rencontrer Dieu, prions un peu plus longtemps, méditons davantage sa Parole, acceptons de former un groupe avec les fiches bibliques sur la fraternité.

Puisque Dieu s’est approché de nous, il nous invite à nous rapprocher les uns des autres. Ne soyons pas distants, essayons de partager davantage ( sans vouloir fusionner ), dans le respect de l’intimité de chacun. Plus nous accueillerons Dieu, plus nous serons proches les uns des autres. Nous saurons trouver l’attitude qui convient, le mot juste, le soutien amical dont l’autre a besoin, tout en respectant la discrétion nécessaire .

Prenons une autre décision de Carême : par rapport à telle personne, n’ai-je pas un préjugé dont Dieu veut me purifier ? Ne puis-je pas être davantage fraternel à son égard ? Un sourire peut suffire pour améliorer une relation. C’est peu de chose mais les petits ruisseaux font les grandes rivières.

 

Plus nous nous serons approchés des autres, plus le règne de Dieu sera proche !

 

Père BERNARD

 

 

 

 

Dimanche 28 janvier 2018

4e dimanche TO

Visite pastorale en Haute Saintonge 

Homélie donnée par Monseigneur COLOMB 

en l'église de SAINT-AIGULIN


1relect. : Dt 18, 15-20
Ps : 94 (95), 1-2, 6-7abc, 7d-9
2elect. : 1 Co 7, 32-35
Évangile : Mc 1, 21-28

 

 

Etre prophète : une responsabilité en Eglise pour le monde aujourd’hui

Le prophète est celui qui se lève du milieu du peuple pour porter la Parole de Dieu : " Au milieu de vous, parmi vos frères, le Seigneur votre Dieu fera se lever un prophète."

On ne s'autoproclame pas prophète, voilà ce que nous rappelle ce texte.  C'est Dieu qui choisit, c'est Dieu qui appelle.

Le prophète n'est pas non plus celui qui porte sa propre parole : "je mettrai dans sa bouche mes paroles, et il leur dira tout ce que je lui prescrirai."

Malheur au faux prophète qui parle en son propre nom ou au nom d'un faux dieu car: "un prophète qui aurait la présomption de dire en mon nom une parole que je ne lui aurais pas prescrite, ou qui parlerait au nom d’autres dieux, ce prophète-là mourra.”

Pour nous aujourd'hui, cette mise en garde est une invitation au discernement. Notre monde se complexifie sans cesse. Il est traversé par de multiples influences qui toutes peuvent revêtir les apparences de la justice et de la vérité….. Le chrétien a le devoir d'être à l'écoute, de se tenir informé, car c'est en ce monde et nulle part ailleurs, que l'histoire du Salut s'écrit. Mais, avec humilité, il doit  aussi comprendre qu'il n'est pas en son seul pouvoir d'opérer le discernement nécessaire pour orienter ses choix et marcher dans les voies du Seigneur. Le  discernement, c'est en Eglise que nous le vivons. Là nous trouvons l'espace et le temps pour nous mettre à l'écoute de la Parole, pour nous en nourrir, pour recevoir les  sacrements, pour rencontrer un prêtre, pour partager entre frères.  Ici en Haute Saintonge, j'ai pu constater pour m'en réjouir, les efforts consentis par vos communautés pour faire vivre des lieux où le discernement est rendu possible dans vos communautés paroissiales dans lesquelles les prêtres se dévouent, avec le soutien actif des laïcs engagés. Dans  les groupes et les fraternités spirituelles également.  Là vous partagez la Parole, vous priez, vous vous soutenez les uns les autres comme le firent les premiers disciples. Comme eux, vous rencontrez de nombreux obstacles : la dispersion de l'habitat, le petit nombre de pratiquants, la difficulté à trouver de nouvelles forces vives…mais rien ne vous décourage.  Vous ouvrez votre cœur comme vous y invite le psalmiste.

 

Ouvrir son cœur pour être attaché au Seigneur

Cette ouverture du cœur, nous fait reconnaître en Dieu notre "rocher", celui sur lequel nous pouvons compter. D'âge en âge il est notre libérateur.  A cause de son Alliance avec les hommes, Dieu ne nous oublie pas. Nous pouvons sans crainte, sans doute, mettre notre confiance en Lui  "Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ?" L'aujourd'hui du psalmiste est notre aujourd'hui.  Écoutons-nous en vérité la Parole de Dieu transmise en Eglise, partagée dans nos communautés et nos groupes, avons-nous le souci de la partager autour de nous, particulièrement aux jeunes générations qui trop souvent ont été coupées de la source de vie, aux plus fragiles aussi, les pauvres, les malades, les personnes isolées si nombreuses dans nos territoires ruraux ? "Le peuple qu’il conduit,  le troupeau guidé par sa main" c'est nous tous, c'est vous tous, amis de Haute Saintonge.

 

Tous nous pouvons "être attachés au Seigneur sans partage", comme l’écrit Saint-Paul aux Corinthiens, et dans ce monde ! C’est là qu’est notre place. Quand les hommes traversent des époques troublées, et c'était le cas pour les contemporains de l'apôtre Paul comme pour nous aujourd'hui, bien que le contexte soit radicalement différent, les tentations sont multiples.  Au cours de ses voyages, Paul a rencontré toutes les situations possibles. La vie des hommes n'a jamais été simple et il convient à chaque époque de trouver des réponses à de nouveaux défis.

Les hommes de notre temps pris entre le désir de se mettre à l'écoute de la Parole de Dieu pour en faire le guide de leur vie, et les contraintes imposées par les réalités économiques, sociales, géographiques mêmes, se débattent pour ouvrir de nouvelles voies. Là encore le discernement est nécessaire. L’objectif d’une visite pastorale est de permettre à l’évêque de réfléchir avec les chrétiens  pour,  avec l'aide de l'Esprit Saint et la mobilisation des bonnes volontés, découvrir et emprunter les meilleures voies pour que l'Evangile soit vécu et annoncé au plus grand nombre.

 

Qui est  Jésus ? Prenons les moyens de répondre à cette question !

Et c'est en Eglise que nous devons cheminer. Quand Jésus arrive à Capharnaüm avec ses premiers disciples, c'est d'abord à la synagogue qu'il se rend :" Jésus et ses disciples entrèrent à Capharnaüm. Aussitôt, le jour du sabbat, il se rendit à la synagogue" La synagogue est le lieu de l'enseignement, le lieu du discernement des esprits. Le jour du sabbat, c'est notre dimanche, le jour où nous célébrons notre Dieu sauveur et libérateur.

Jésus est le prophète accompli annoncé dans la première lecture : "le Seigneur votre Dieu fera se lever un prophète comme moi, et vous l’écouterez" (Dt 18, 15). La présence vraie de Jésus en ce monde est en elle-même le révélateur du bien. Elle ouvre la voie, montre le chemin et expulse le mal qui se trouve en tout homme car "Voilà un enseignement nouveau, donné avec autorité ".  

Jésus et ses disciples à Capharnaüm c'est l'Eglise naissante.  Aujourd'hui c'est nous  qui sommes envoyés pour annoncer la Bonne Nouvelle à toute l'humanité, en commençant par nos proches. Notre cœur ne doit pas être troublé par les difficultés. Nous pouvons faire confiance à Celui qui nous envoie car c'est sa Parole qui est efficace, et non la nôtre. C'est sa Parole qui convertit, sa Parole qui console, sa Parole qui bâtit.  L'Eglise est dépositaire de l'autorité du Christ c’est-à-dire de sa force d'amour qui nous pousse vers les autres, auprès des malades, des prisonniers, des personnes seules, des pauvres…Quand vous donnez de votre temps et de votre force au service du Secours Catholique, de la Banque Alimentaire, quand vous rencontrez les malades et les prisonniers, quand vous vous mettez au service des couples qui veulent se marier devant Dieu ou faire entrer leur enfant dans la famille chrétienne,  quand vous travaillez à la transmission de la foi auprès des jeunes générations, c'est Dieu qui œuvre par vous.

Pour agir avec efficacité et tenir dans la durée, trois choses sont nécessaires : la formation, la vie spirituelle, la vie fraternelle. En ce qui concerne la formation le diocèse veille à vous soutenir en proposant des sessions décentralisées, notamment dans le domaine de la santé. D'autres chemins peuvent être explorés, et la modernité peut nous y aider. Il est possible de se former et de garder le contact grâce à Internet par exemple.  La vie spirituelle est tout aussi indispensable. Elle nourrit la foi. Votre doyenné est particulièrement riche à cet égard. Les sœurs du Sacré Cœur, les Fraternités franciscaines, la société de vie évangélique, les groupes du Rosaire, les Equipes Notre Dame, les semaines de prière accompagnées proposées par le diocèse, sont autant de lieux et de temps de ressourcement. C'est aussi là que la vie fraternelle s'exprime. Elle est un gage d'équilibre car il est indispensable de faire halte pour reprendre souffle et s'encourager entre frères.

Ne nous laissons pas gagner par le découragement. Le monde a soif et faim de Dieu, même si il ne sait pas l'exprimer clairement. Soyons cette présence d'amour toujours offert.  Le pape François nous le rappelle : "Il ne faut pas penser que l’annonce évangélique doive se transmettre toujours par des formules déterminées et figées, ou avec des paroles précises qui expriment un contenu absolument invariable. Elle se transmet sous des formes très diverses qu’il serait impossible de décrire ou de cataloguer, dont le peuple de Dieu, avec ses innombrables gestes et signes, est le sujet collectif" (La Joie de l'Evangile n° 129). Et le pape de poursuivre : "Maintenant que l’Église veut vivre un profond renouveau missionnaire, il y a une forme de prédication qui nous revient à tous comme tâche quotidienne. Il s’agit de porter l’Évangile aux personnes avec lesquelles chacun a à faire, tant les plus proches que celles qui sont inconnues. C’est la prédication informelle que l’on peut réaliser dans une conversation, et c’est aussi celle que fait un missionnaire quand il visite une maison. Être disciple c’est avoir la disposition permanente de porter l’amour de Jésus aux autres, et cela se fait spontanément en tout lieu : dans la rue, sur la place, au travail, en chemin" (La joie de l'Evangile n°127)

Gardons confiance, rien jamais ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu !  (Rm 8,38)

 

Monseigneur Georges COLOMB

 

 

 

DIMANCHE 14 JANVIER 2018

JOURNEE MONDIALE DES MIGRANTS

 

En cette journée mondiale des migrants, je ne commenterai pas les textes bibliques. Je désire vous parler de cette réalité qui certes , est très complexe et difficile. Mais il faut en parler, car l'Evangile est concerné. 

 

-ne confondons pas migrants (immigrés) et réfugiés, demandeurs d'asile.

Les premiers viennent surtout pour des raisons économiques, fuyant la misère et la faim. Leur nombre va continuer à grandir, surtout avec les migrants climatiques ( situés dans des régions qui vont être inondées à cause de l amontée du niveau de la mer).

Les réfugiés viennent surtout à cause de guerres, de persécutions politiques et religieuses. On peut espérer qu'ils rentreront chez eux, une fois que le conflit sera résolu et la situation de leur pays pacifiée.

Ce qui est sûr, comme le Pape l'a dit, " c'est la pire catastrophe humanitaire depuis la seconde guerre mondiale".

 

-l'Evangile nous appelle à être attentifs à ces personnes en grave difficulté, mais pas de manière inconditionnelle. "Un gouvernement doit gérer ce problème avec la vertu propre aux gouvernants, c'est-à-dire la prudence" (Pape François). D'après les statistiques de La Croix, la France accueille 527 réfugiés pour 1 million d'habitants, dix fois moins que l'Allemagne ( qui a un grand besoin de main d'oeuvre, il est vrai) et 14 fois moins que la Suède. Nous ne sommes donc pas "envahis" par les étrangers!

 

-ce qui est essentiel et indispensable, c'est de continuer à développer les pays pauvres, pour que leurs habitants atteignent un niveau de vie décent. Ainsi seront-ils moins attirés par l'Europe, comme par un Eldorado de rêve. L'Eglise travaille beaucoup en ce sens, avec des organismes comme le Secours Catholique CARITAS FRANCE , le CCFD  (comité catholique contre la faim et pour le développement), TERRE SOLIDAIRE, l'ordre de Malte, l'oeuvre d'Orient, la délégation catholique pour la coopération...etc De nombreux organismes non confessionnels sont aussi très présents dans les pays pauvres, les français étant généreux, même s'ils peuvent faire davantage. Il faudrait d'ailleurs que l'aide publique au développement (APD) soit augmentée.

 

- l'accueil de migrants renforce-t-il la présence de l'Islam en France?

Tous les migrants et réfugiés ne sont pas des musulmans, certains sont chrétiens, d'autres, animistes. La plupart des syriens et des irakiens (sunnites et chiites) sont accueilllis par les pays limitrophes ( Liban, Jordanie, Turquie). Ceux qui viennent en France doivent accepter les lois de notre pays. Après des siècles de conflits entre arabes et européens, musulmans et chrétiens, ne pouvons-nous pas progresser dans une réelle rencontre? Certes , la menace du terrorisme islamique perdure, même après la défaite de Daesh. Ne soyons pas naïfs. C'est une redoutable question pour nos politiques et nos forces de l'ordre.

 

Que cette journée des migrants et des réfugiés nous permette de prendre conscience de nos préjugés à leur égard et de mieux les accueillir au nom du Christ.

 

 

Noël 2017

 

Cet enfant Jésus, né dans une crèchen nous croyons, nous, chrétiens, qu'il n'est pas un enfant comme les autres. Il a fallu un peu de temps pour s'en rendre compte, tellement c'est une réalité extraordinaire. Cet enfant, c'est Dieu lui-même, c'est Dieu en personne, c'est Dieu le Fils devenu homme.

 

Pourquoi Dieu est-il venu dans notre humanité? Pourquoi est-il devenu comme nous? Parce qu'il s'intéresse à nous, parce qu'il nous aime, parce qu'il nous estime. La foi chrétienne, c'est croire que Dieu a de l'estime pour chaque être humain maintenant.

 

Je souhaite de tout coeur que chacun de nous se dise franchement durant cette messe: je suis vraiment, réellement estimé par Dieu. Que je sois enfant, jeune, adulte, personne âgée, que je sois homme ou femme, européen, africain, asiatique, quelle que soit ma vie affective, mon orientation sexuelle, mon itinéraire de vie, ma situation financière, mes réussites et mes échecs professionnels, oui, je suis vraiment estimé par Dieu.

 

Mais la foi chrétienne, ce n'est pas seulement croire à cette estime de Dieu. Si, à Noël, Dieu est devenu comme nous, c'est pour que nous devenions comme lui. C'est pour que nous partagions sa vie, son amour, son bonheur.

 

Lorsque le prêtre prépare le vin pour l'eucharistie, il dit à voix basse la magnifique prière suivante: "comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l'Alliance , puissions-nous ainsi être unis à la divinité de celui qui partage notre humanité". Il est dommage que cette prière soit dite à voix basse!

 

En partageant la divinité du Christ, nous n'allons pas perdre notre humanité. Bien au contraire. Nous allons recevoir l'accomplissement, la plénitude de notre personnalité humaine. Chacun de nous sera pleinement lui-même. Pour les baptisés, cet accueil de la vie du Christ, à la fois humaine et divine, commence au baptême. Mais pour tous ceux qui ne sont pas baptisés, il se réalisera aussi, bien entendu, après leur mort biologique.

 

Une conséquence: cette présence de Dieu qui ne va jamais nous abandonner nous donne une réelle assurance. L'existence de chacun est confrontée à diverses difficultés, notre société vit, en certains domaines, des incertitudes et des évolutions mal maîtrisées. Dieu ne va pas prendre nos responsabilités à notre place  pour résoudre nos problèmes. Il nous appelle à nous prendre en charge pour aller de l'avant et surmonter nos obstacles, tant personnels que collectifs. Mais, en reconnaissant sa présence définitive en nous et dans notre monde, nous avons un socle, une certitude: Dieu est fiable, il est solide.Il nous donne l'assurance que nous n'allons pas à notre perte mais à notre plénitude.

 

 

 

Deuxième dimanche de l'Avent

10 décembre 2017

 

 

La lettre de saint Pierre nous invite à une méditation sur le temps. L'Apôtre nous dit que "pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour".

 

Cette semaine, nous avons vécu deux événements qui nous font réfléchir sur le temps, avec le décès de Jean d'Ormesson, écrivain, et celui de Johnny Halliday, chanteur. Leur longévité a été exceptionnelle. Le premier publiait encore un livre à 92 ans, le second a enchanté des foules durant près de 60 ans. Cette longévité durait depuis si longtemps que, pour un peu, nous les aurions cru "immortels" (selon le titre donné aux membres de l'Académie Française). Mais ils sont décédés et leur mort nous invite à réfléchir à notre condition inexorablement mortelle.

 

Posons-nous trois questions.

- Le temps de l'Avent nous est donné pour mûrir et approfondir notre vie. Comment l'utilisons-nous? Et, en général, est-ce que nous gaspillons notre temps à des choses futiles et inutiles? Ou bien est-ce que nous essayons de profiter du temps qui nous est imparti pour grandir en humanité, développer nos capacités et approfondir notre foi au Christ vivant?

- Savons-nous distinguer ce qui est essentiel et ce qui est secondaire? Nous savons par expérience que les réalités importantes demandent une réelle maturation. Il faut donner du temps au temps. Il faut du temps pour construire un couple stable et solide. Il faut du temps pour éduquer un enfant et en faire un homme ou une femme. Or notre société, de par les divers instruments de communication, nous pousse à la rapidité, à l'urgence, à une réponse sitôt la demande reçue sur notre ordinateur ou notre téléphone portable. Ne confondons pas l'urgent et l'important. Soyons persuadés que ce qui est essentiel, fondamental, c'est-à-dire ce qui concerne les fondements d'une existence vraiment humaine, demande de la maturation et de la patience. A l'exemple de Dieu qui "prend patience envers nous... car il veut que tous parviennent à la conversion".

- Où nous conduit le temps qui nous est donné? Cette question est très importante. Car nous n'allons pas à notre perte, à notre anéantissement. Nous allons vers notre accomplissement, notre plénitude, dans le partage de la plénitude du Christ. Si nous savons l'utiliser à bon escient, le temps nous conduit vers la réalisation plénière du Royaume de Dieu.

 

 

 

 

 

FÊTE DU CHRIST-ROI DE L'UNIVERS. 

26 NOVEMBRE 2017

 

Le Christ, dans ce passage d'évangile (Matthieu, 25, 31-46) s'appelle d'abord de son titre habituel, "Fils de l' Homme". Mais, ensuite, il se présente comme Roi, comme Il se manifestera à la fin des temps. Mais pas n'importe quel Roi ! Quand il  parle de sa gloire, ce n'est pas pour dominer ni s'imposer . Ne pensons pas à un tableau de Louis XIV avec ses habits somptueux, ses bagues, sa couronne de pierreries. Non! La gloire du Christ, la gloire de Dieu, c'est la révélation de son identité profonde, de son intimité. C'est-à-dire de son Amour. Dieu est Amour, un amour qui n'est qu'amour.

Voilà pourquoi le Roi de l'Univers que nous célébrons aujourd'hui est un Roi simple, modeste, humble. Il le montre durant toute sa vie terrestre, de la crèche de Béthléem à la croix du Calvaire.

Cette humilité de Dieu est d'autant plus importante à méditer que, de tous les grands fondateurs de religion, seul le Christ a vécu pauvrement et s'est assimilé aux personnes en situation de pauvreté, de précarité et de fragilité, comme nous venons de l'entendre. Boudha était un prince, Mahomet un conquérant. Le Christ, lui, par sa vie pauvre et humble, par sa mort semblable à celle des esclaves (les rejetés de la société de l'époque), révèle que Dieu est humble et ne s'impose jamais. Il nous appelle donc sans cesse à prendre nos responsabilités, sans les prendre à notre place. Quelqu'un qui aime ne fait pas les choses à la place de l'être aimé. 

Oui, Dieu nous jugera, nous appréciera à la fin des temps. Ce n'est pas une raison pour nous culpabiliser. Au contraire, c'est une raison pour continuer à nous responsabiliser. Voulons-nous vraiment aimer, servir ceux et celles qui nous sont confiés, leur rendre service? Pouvons-nous faire davantage?

Un signe de ce Dieu humble qui nous veut responsables nous est donné, à partir de dimanche prochain, par la nouvelle traduction d'une phrase du Notre Père. Non seulement elle semble plus proche du texte original, mais elle présente un Dieu plus respectueux de la responsabilité humaine. Non plus "ne nous soumets pas à la tentation" , mais "ne nous laisse pas entrer en tentation". Dieu ne nous envoie pas des tentations ni des épreuves mais il nous donne les capacités pour y faire face et les surmonter. "Ne nous laisse pas entrer en tentation".

 

 

 

32 ème dimanche. Année A.

12 novembre 2017

 

Nous connaissons bien cette parabole mais ne nous contentons pas de la conclusion : « veillez et priez, car vous ne savez ni le jour ni l’heure » (sous-entendu : de notre mort, qui sera le passage vers la Vie définitive). Le Christ nous parle, tout au long de ce texte, de la rencontre avec lui. Ce mot, il le prononce deux fois. C’est d’ailleurs aussi le dernier mot du livre de la Sagesse qui a été lu en première lecture. La parabole parle de l’Epoux, c’est-à-dire de quelqu’un.

 

Etre chrétien, en effet, c’est d’abord et avant tout, être en relation avec le Christ. C’est reconnaître sa Présence. C’est vouloir la rencontrer de plus en plus. C’est accepter qu’Il construise notre vie avec nous. Nous ne sommes pas seuls à la construire, c’est lui qui nous apporte le salut, le bonheur authentique.

 

Des personnes, même après avoir reçu une éducation chrétienne, deviennent boudhistes. Nous les respectons tout-à-fait. Mais la différence est grande avec notre foi chrétienne. Le boudhisme est plus une sagesse qu’une foi religieuse, d’après ce que je crois savoir. Le boudhiste pense que chacun trouve son « nirvana », sa sérénité suprême, par lui-même sans se référer à quelqu’un d’autre.

 

Jeune prêtre, j’ai été marqué par un prédicateur qui rapportait le témoignage d’un américain, grand producteur de films. J’ai oublié son nom. Il disait : « le plus grand péché de ma vie, je l’ai commis à vingt ans ». Spontanément, l’on pense à un péché sexuel. Pas du tout ! « J’ai voulu vivre seul et me construire par moi-même . C’est à partir de soixante ans que je me suis rendu compte que je faisais fausse route. »

 

Oui, aucun de nous ne peut devenir lui-même tout seul. Déjà , l’expérience de l’amour humain le montre. A plus forte raison, la rencontre avec le Christ ! Il est le seul qui puisse nous apporter la qualité d’existence la plus haute, lui qui est venu partager notre vie pour que nous puissions partager la sienne durant toute l’éternité.

 

La phrase « je ne vous connais pas » paraît dure. C’est  simplement l’appel du Christ à chacun de nous pour prendre nos responsabilités. Le don du Christ, le Royaume, n’a rien de magique. Nous devons sans cesse prendre nos responsabilités pour vivre l’Evangile et participer aux Noces Eternelles de Dieu avec l’humanité.

 

« La foi naît de la rencontre avec le Dieu vivant qui nous appelle et nous révèle son amour » (Pape François. Lumière de la foi. N°4)

 

 

 

 

 

 

HOMELIE DE TOUSSAINT

 

Nous sommes rassemblés pour fêter tous les saints, c’est-à-dire ces hommes et ces femmes qui partagent pour toujours la vie de Dieu. Nous sommes rassemblés aussi afin de prier pour les défunts qui ne sont pas encore saints et se préparent à partager la vie de Dieu. En principe, cette prière a lieu le 2 novembre. Mais ce n’est pas un jour férié. C’est donc aujourd’hui que nous prions pour tous nos morts.

 

A dire vrai , nous pouvons en être sûrs, il y a des saint parmi les morts de nos familles. Ils ne sont pas reconnus comme les saints connus officiellement. Ce sont des saints anonymes. Mais, durant leur vie terrestre, ils ont rendu service, partagé, aimé, respecté, contribué à la justice et à la fraternité. Bref, ils ont vécu l’Evangile et répondu ainsi au désir de Dieu. Bien sûr, ils avaient des limites et des déficiences, ils n’étaient pas parfaits. Etre saint, ce n’est pas être parfait, c’est vivre l’Evangile et donc être avec Dieu pour toujours.

 

Pourquoi pouvons-nous être sûrs que des humains sont devenus saints ? C’est grâce à la Résurrection du Christ. La Toussaint , c’est, en quelque sorte, l’ « application » de la Résurrection du Christ à chaque être humain. En ressuscitant, le Christ a retrouvé sa plénitude divine. Ainsi, en devenant sainte, chaque personne humaine trouve la plénitude de sa personnalité.

 

Car chaque personne humaine, lorsqu’elle est ressuscitée, ne vit pas seulement dans notre souvenir, ou dans les valeurs qu’elle nous a données. Elle vit en elle-même, dans son âme et dans son corps, transformés certes, transfigurés mais dans l’unité de sa personne, dans l’accomplissement de sa personnalité. A la suite du Christ ressuscité, pleinement vivant dans son âme et dans son corps. Lui qui est le « premier de cordée » de toute l’humanité pour la Vie Définitive après la mort.

 

Pouvons-nous communiquer avec nos morts ? L’Eglise ne s’est jamais prononcée sur le sujet. Des expériences ont eu lieu, que des scientifiques ont essayé d’analyser. Mais les résultats ne sont pas probants. Ce qui est sûr, c’est que nous pouvons entrer en communion avec nos défunts par l’intermédiaire du Christ, à chaque messe. Oui, à chaque messe, nous rencontrons le Christ en écoutant sa Parole et en partageant son Pain de Vie. Il a accueilli nos morts, Il est avec eux pour toujours, ils sont pour toujours avec lui.

 

Nos saints sont heureux avec Dieu, ils partagent l’intimité de la Trinité. Le Père, le Fils et l’Esprit Saint n’ont qu’un seul désir : partager leur bonheur. Voici pourquoi le Christ, dans l’évangile de cette fête de la Toussaint, répète neuf fois le mot « heureux ». TOUS SAINTS, c’est-à-dire  TOUS HEUREUX .

 

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29 EME DIMANCHE DE L’ANNEE A

22 octobre 2017

 

JOURNEE MISSONNAIRE MONDIALE

 

Aujourd’hui, nous clôturons la semaine missionnaire mondiale. Une affiche nous montre le pape, entouré par cinq jeunes des cinq continents, aux JMJ de Cracovie durant l’été 2016. Le thème proposé par le pape François est le suivant : «  Ensemble, osons la mission ».

 

La première lecture (Isaïe 4-5,1 . 4-6 ) correspond  tout-à-fait à ce thème. Nous sommes en 538 avant le Christ, le roi Cyrus, qui est perse (la Perse correspondant au territoire de l’actuel Iran), conquiert Babylone et permet aux juifs de retourner à Jérusalem. Le prophète Isaïe, vous l’aurez remarqué, le traite de « messie », c’est-à-dire de « consacré » (celui qui a reçu l’onction de Dieu). Je ne dis pas que Dieu l’a utilisé, car Dieu n’utilise personne. Mais Dieu grâce à ce roi, voit son peuple ramené dans sa Terre Promise. Cyrus est païen, Dieu montre ainsi qu’Il est le Dieu de tous les humains et pas seulement des juifs. Ceux-ci auront beaucoup de mal à accepter cet élargissement.

 

ENSEMBLE : prenons davantage conscience que l’Eglise, dont nous sommes membres, est répandue sur toute la Terre et dans presque tous les pays. Catholique veut dire universel. Nous avons des frères et sœurs chrétiens dans le monde entier. Si nous voyageons, est-ce que nous nous en rendons compte réellement ?

 

OSONS : sommes-nous des gens qui proposent la foi ? Notre société se veut tolérante. Dans son aspect positif (constructif et dynamique ), la tolérance se veut respectueuse de chacun, de sa liberté de conscience et de sa liberté de croire ou de ne pas croire. C’est une bonne chose. Mais la tolérance a parfois son envers négatif ( destructeur et paralysant): on n’ose pas parler de sa foi, sous prétexte de ne pas verser dans le prosélytisme et ne pas avoir d’attitude qui pourrait être interprétée comme sectaire. Certes il ne s’agit pas de s’imposer. Mais il y a des occasions opportunes pour exprimer notre foi. Par exemple au moment des décès, osons-nous parler de notre foi en la Résurrection ? Si nous, chrétiens, nous ne parlons pas du Christ, qui en parlera ?

 

LA MISSION : puisque Dieu est le Dieu de tous et pour tous, puisqu’Il agit dans l’histoire humaine en respectant chacun, notre mission consiste à révéler sa présence. Nous n’apportons pas Dieu, puisqu’Il nous précède. Mais nous avons à le faire connaître et à travailler pour que son règne vienne.

 

Comme le pape nous y invite, soyons des « disciples-missionnaires ». Puisque nous essayons de prendre notre baptême au sérieux, soyons de plus en plus des disciples de Christ et, en même temps, des missionnaires. Nous ne sommes pas des disciples qui, à certaines occasions, pensent à être missionnaires. Nous sommes appelés par le Seigneur à être, en permanence, des disciples-missionnaires.

                                                                                                                                                                                                    Père Bernard HOUSSET

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L'EGLISE DE L'AVENIR. Père Bernard HOUSSET. Conférence donnée à l'Université catholique d'été de Castanet Tolosan

 

L’ EGLISE DE L’AVENIR

 

 

                                                                           CASTANET TOLOSAN

                                                                                              1er juillet 2017

 

C’est avec plaisir que je viens participer à cette Université d’été. Car s’il est vrai, comme on l’a dit, que prédire l’avenir n’est pas possible, le préparer, relève de notre responsabilité d’aujourd’hui. C’est tout l’intérêt de notre rencontre.

 

En introduction, trois flashs sur l’Eglise :

 

  1. Le pape François, à la loggia de Saint Pierre , lors du début de son ministère: « Nous commençons un chemin de fraternité, d’amour, de confiance, entre nous ». Quelle magnifique définition de l’Eglise !

 

  • « Un chemin » : nous sommes tous en chemin, sans être encore parvenus au bout. Nous pouvons ne plus avancer, parfois même reculer ou nous égarer en quittant le chemin . Mais le curé d’Ars a raison : le chrétien n’est pas quelqu’un qui ne tombe jamais, c’est quelqu’un qui accepte d’être relevé par le Christ. Car, sur ce chemin, nous ne sommes jamais livrés à nos seules forces.  Le Christ qui nous accompagne nous soutient, nous encourage, se donne à nous en permanence. Lui qui est le chemin, comme il l’a dit !
  • « Fraternité, amour, confiance en nous » : nous ne sommes peut-être pas habitués à penser l’Eglise de la sorte. Pourtant, telle est notre Eglise.

 

 

b) Le père Congar , théologien devenu cardinal sur le tard, parle de la « Sainte Eglise des pécheurs » . L’Eglise est sainte, puisque son fondement est le Christ, « le saint de Dieu », comme il est écrit dans les évangiles. Et parce qu’Il nous fait participer à la sainteté du Dieu-Trinité, comme nous le proclamons à la messe, après la préface : Saint, Saint, Saint…La sainteté, ce n’est pas une perfection morale ( il n’y aurait aucun saint !), c’est la participation à la vie du Christ, Dieu fait Homme. Beaucoup de gens font la confusion.

 

Mais c’est l’Eglise des pécheurs que nous sommes, nous tous, ses membres. Certes, depuis le baptême, nous sommes fils et filles de Dieu. Mais nous ne sommes pas au bout du chemin, nous n’avons pas encore pleinement accueilli la vie du Christ en nous. Car Dieu ne fait rien en nous sans nous, Il nous demande de prendre nos responsabilités pour devenir ceux et celles qu’Il désire. Il n’est pas un magicien, Il ne fait pas les choses à notre place, Il ne nous traite pas en irresponsables.

Ce péché traverse l’Eglise à travers tous ses membres sans exception, depuis le catéchumène le plus récent jusqu’au pape. Chacun de nous est marqué par ses limites, ses lourdeurs, son égoïsme et ses péchés. Il en est de même de l’Institution en tant que telle, depuis son premier responsable visible, l’apôtre Pierre, jusqu’à maintenant. Durant 2000 ans, innombrables ont été les insuffisances, les lenteurs, les erreurs et les péchés de l’Eglise. Il serait trop long d’en dresser la liste. Mais l’Esprit du Christ continue de l’animer, de la réformer (on disait au Moyen-Age : l’Eglise est toujours à réformer) et de la renouveler pour qu’elle assure sa mission, au moins le moins mal possible. N’avons-nous pas eu un bel exemple de cette action de l’Esprit-Saint (précisément : Saint) avec l’élection inattendue du pape François ? Réaction du jeune prêtre que j’étais et qui se plaignait d’un conflit entre catholiques (comme il y en a tant !) : «  Si Jésus avait voulu une Eglise parfaite, il l’aurait confiée à des anges mais personne n’y aurait cru ! ».

 

  1. Il y a quatre ans, s’est tenu à Lourdes un rassemblement intitulé « Diaconia 2013 , servons la fraternité » préparé pendant plusieurs années, dans la plupart des diocèses. Il a essayé d’être une expérience de fraternité évangélique entre 12000 personnes de tous milieux, dont 3000 en situation de précarité et 1500 jeunes. Certains parmi vous y ont peut-être participé. Une femme d’un groupe appelé « Place et Parole des Pauvres » a rapporté le tag suivant, inscrit sur la porte de son église : « Ouvrez les portes, Dieu est à tous ». Belle définition concrète de la catholicité, mot grec qui veut dire universel : Eglise pour tous, Eglise de tous, Eglise à tous.

 

L’Eglise, en effet, n’a pas sa raison d’être en elle- même. Elle vient du Christ et elle est pour tous les humains, tous sans exception. Non pas que tous les hommes et toutes les femmes du monde entier deviendront, un jour, chrétiens. Mais l’Eglise existe pour être signe du Christ mort et ressuscité, pour montrer que Dieu aime chacun et tous ensemble, estime chacun et tous ensemble. L’Eglise doit être toujours ouverte le plus largement possible, dans le respect de  la diversité des sociétés, des cultures et des civilisations , accueillante à tout ce qui humanise et fait grandir les humains. La tentation pour l’Eglise, c’est de se replier sur elle-même.

 

 

Comment pouvons-nous préparer l’Eglise de l’avenir ? Pour répondre à cette question, je m’appuierai sur l’expérience du diocèse de La Rochelle et Saintes qui, en 2013, s’est engagé dans la « Perspective Diocèse 2023 » ( le journal La Croix s’en était fait l’écho ). Après avoir analysé nos atouts et nos faiblesses, nous avons demandé leur avis à neuf groupes d’acteurs pastoraux durant une année. Le résultat de cette consultation a mis en valeur les convictions suivantes, en y ajoutant un peu de rêve (ce n’est pas interdit) :

 

 

I. L’Eglise de l’avenir sera constituée par des groupes fondés, prenant appui, sur la     Parole de Dieu.

 

 

            Dans un groupe de Carême, un des participants a dit : « L’Eglise actuelle n’a plus de puissance, il ne nous reste plus que l’Evangile ». C’est une appréciation très profonde et très vraie. L’Eglise, en France, est devenue modeste ; en quelque sorte, elle n’a plus pignon sur rue, alors que, pendant des siècles, elle a été religion d’Etat et donc religion dominante. Mais le Christ ne nous a jamais promis ni le nombre ni la puissance. Il nous appelle à être unis à lui et entre nous, dans nos diversités enrichissantes, pour être signes de sa Personne, de sa Parole et de ses Actes. Il ne nous reste plus que l’Evangile, oui, mais c’est l’essentiel, c’est le cœur de l’Eglise . Evangile sans cesse médité et approfondi, grâce à la vraie  Tradition de l’Eglise ( à ne pas confondre avec les traditions). Et le concile est un élément important de cette Tradition.

 

 

Pour la foi chrétienne, Jésus de Nazareth est la seconde personne de la Trinité qui est devenue homme, qui a partagé la vie humaine pour que tous les humains puissent partager la vie divine et trouvent ainsi leur plénitude humaine. Tel est le désir de Dieu de toute éternité qu’il réalise progressivement, d’abord en créant un univers en évolution durant des milliards d’année, puis avec le surgissement de l’humanité, il y a quelques millions d’années. Puis en s’incarnant, au moment opportun, pour que l’univers et l’humanité passent peu à peu à la vie définitive, en quelque sorte au « niveau de vie » de Dieu lui-même.

 

                                                                                     

1. C’est par le Christ que nous pouvons connaître le visage de l’être humain (les femmes apprécieront que je ne me contente pas de parler de l’Homme ! ). Je commence par l’être humain et non par Dieu, car nous sommes dans une culture résolument anthropocentrique. Actuellement, l’homme est la route de Dieu. Le visage de l’être humain révélé par le Christ se trouve :  

 

  • Dans sa dignité inaliénable que personne ni aucun Etat ne peut lui enlever. Car chacun est créé par Dieu et voulu pour lui-même, quelles que soient d’ailleurs les conditions de sa conception, qu’il soit ou non voulu par ses parents. Chacun qu’il soit européen  ou immigré , énarque ou sans aucun diplôme, en bonne santé ou malade mental…etc

 

  • Dans l’estime , la confiance permanentes que Dieu lui manifeste. Je tiens à préciser non seulement aux chrétiens mais à tous, quelle que soit leur religion ou leur non-religion : chacun  qu’il reconnaisse ou non cette confiance, est appelé, explicitement ou en suivant sa conscience, à prendre ses responsabilités pour grandir en humanité et participer à la construction d’une société plus fraternelle. Certes le Mal, la violence, la haine existent en chacun, en chaque société, en chaque culture. Mais le Christ nous donne l’assurance qu’ils n’auront pas le dernier mot. « Aujourd’hui, tu seras avec moi au paradis », dit-il au malfaiteur qui reconnaît le Christ comme le Juste de Dieu.

 

 

 

2. C’est par le Christ que nous pouvons connaître le visage de Dieu :

 

 

-Son humilité qui est le cœur de son Amour tout-puissant . En effet, plus un amour est grand, puissant, plus il est humble. On imagine mal un amour qui voudrait dominer, s’imposer ou parader. Dieu est infiniment humble. C’est ainsi qu’Il se révèle depuis la modestie de la crèche jusqu’au supplice de la Croix, réservé aux esclaves et aux exclus. Ce Dieu là ne correspond pas à celui que nous imaginons de manière spontanée. Il faut beaucoup de temps pour le découvrir dans sa profondeur.

 

 

 

Scène centrale de l’Evanvile ( Jean 13) : le Lavement des pieds. Il est d’abord une leçon de service fraternel : le Christ se met aux pieds des apôtres, à genoux devant eux pour réaliser le geste du serviteur, en signe d’hospitalité. Mais, en même temps, au chapitre suivant, Jésus dit : « Qui me voit, voit le Père ». C’est dans la posture du Christ à genoux que nous pouvons cerner l’identité profonde de Dieu le Père, le cœur du Père. On peut dire en quelque sorte qu’Il est à genoux devant nous, en son Fils, pour nous faire grandir et nous faire atteindre la plénitude du Christ Ressuscité, grâce au don de l’Esprit-Saint. Et c’est ainsi, quand chacun de nous sera christifié, « sera semblable au Christ » (I Jean 3, 2) , aura atteint sa plénitude, que nous serons vraiment un peuple de frères, que nous vivrons la fraternité telle que Dieu la désire de toute éternité.

 

            J’ajoute encore : ce sont les humiliés de notre société qui sont les mieux placés pour nous faire progresser dans la découverte ou l’approfondissement de cette humilité de Dieu. En les fréquentant, j’en suis de plus en plus persuadé.

 

- Sa gratuité : un amour véritable ne peut être que gratuit et désintéressé. Il ne cherche pas son intérêt, il ne désire que le bien de celui qu’il aime. Pendant des millénaires, la plupart des gens ont eu avec Dieu une relation d’utilité : il fallait prier les divinités pour deux besoins essentiels , la fertilité des terres (manger à sa faim) et la fertilité des femmes (assurer la survie de l’espèce). Aujourd’hui, grâce aux progrès humains en de nombreux domaines, ces besoins sont satisfaits , ainsi que beaucoup d’autres, au moins dans les pays développés. Dieu est devenu inutile pour la vie courante. N’est-ce pas une chance pour davantage accueillir sa Gratuité , celle de l’Amour qui n’est qu’Amour ? Un mystique du Moyen-Age a eu ce mot fameux : « la rose est sans pourquoi ». La crise actuelle n’est-elle pas une crise de croissance pour passer d’un Dieu utile pour  la satisfaction de nos besoins au Dieu de l’Evangile qui, humblement, mendie la réponse à son appel d’Amour ?

 

 - Le pasteur Bonhoeffer qui, au nom de sa foi chrétienne, a payé de sa vie son combat contre le nazisme pour la dignité de l’homme, a exprimé cette mutation dans une prière connue : 

 

« Les hommes vont à Dieu dans leur misère

Et demandant du secours, du bonheur et du pain,

Demandent d’être sauvés de la maladie, de la faute, de la mort,

Tous font cela, tous, chrétiens et païens.

 

Des hommes vont à Dieu dans sa misère,

Le trouvent pauvre et méprisé, sans asile et sans pain,

Le voient abîmé sous le péché, la faiblesse et la mort.

Les chrétiens sont avec Dieu dans sa passion…

 

Dieu va vers tous les hommes dans leur misère,

Dieu rassasie leur corps et leur âme de son pain.

Pour les chrétiens et les païens, Dieu souffre de la mort de la croix

Et son pardon est pour tous, chrétiens et païens » .

 

 

II. L’Eglise de l’avenir sera constituée par des groupes essayant de vivre la fraternité évangélique.

 

 

Groupes, équipes, assemblées dominicales. A dessein, je n’utilise pas l’expression « communautés chrétiennes » car je suis persuadé qu’une véritable communauté est rarement réalisée (peut-être chez quelques religieux ! ).

Il est sûr en tout cas que, dans la description par les Actes des Apôtres des premières communautés chrétiennes, il est souvent question de « frères », de « communion fraternelle », de « communautés de frères » (cf ch 2 et 4).

 

 

1)Le corps eucharistique et le corps ecclésial

 

Le grand philosophe et savant du XVIIème siècle, Blaise Pascal, est  à l’agonie (nous sommes en 1662, il est mort très jeune, car il a été malade toute sa vie). Il souhaite recevoir la communion au Corps eucharistique du Christ par l’hostie consacrée. Mais le médecin estime qu’il n’est plus en mesure de déglutir et qu’il ne pourra pas avaler l’hostie. Blaise Pascal a la force de dire : « Puisque je ne peux pas recevoir le corps du Christ dans sa Tête, je veux le recevoir dans un de ses membres. Faites donc entrer un pauvre de la rue pour que je puisse communier avec lui ». Magnifique expression de la foi de toujours depuis les origines du christianisme, jusqu’au moment où nous verrons Dieu face à face.

 

Dans la première lettre aux Corinthiens ( 11, 17-22 ), Paul les réprimande. Ils prennent le repas du Seigneur mais ils le font précéder, semble-t-il, par des agapes fraternelles. Or justement, la fraternité n’est pas bien vécue, puisque les riches mangent tout ce qu’ils ont apporté sans se soucier des pauvres qui n’ont presque rien à manger. Saint Paul leur reproche de ne pas partager le repas et ainsi de ne pas prendre au sérieux le Corps ecclésial de l’Eucharistie. C’est bien vrai que nous avons peut-être été formés en recevant la communion, du moins les personnes d’un certain âge, à être  unis au Corps de la personne du Christ, mais pas suffisamment à être unis aux autres membres de l’Eglise, aux membres du corps ecclésial du Christ et à développer avec eux une relation de véritable fraternité.

 

2) Etre  fraternels, c’est être réellement accueillants

 

Evidemment, nous ne pouvons pas accueillir au sens fort la terre entière. Il y a des relations courtes de personne à personne ou dans un groupe, une équipe à taille humaine. Et les relations longues, par des institutions, des organismes, des associations : par exemple sportives, culturelles, de solidarité ( Secours Catholique ou CCFD). La vie associative est très développée en France.

 

Le Christ non plus n’a pas guéri tous les malades de la Palestine, il n’a pas visité tous les habitants de tous les villages. Mais il a accueilli au sens fort les personnes qui venaient à lui ou qu’il rencontrait, quelle que soit leur situation. Pensons à la Samaritaine (un juif pieux ne parlait pas en public à une femme, qui plus est une étrangère ! ), au centurion romain (l’occupant ! ), aux exclus, par exemple les lépreux, les étrangers (la syro-phénicienne, celle qui ose lui dire : « les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table »)…etc …etc. Et des personnes vers qui il va : Zachée, l’inspecteur des impôts (dans aucune société, cette profession ne suscite une sympathie démesurée !), les enfants ( « ne les rabrouez pas et laissez-les venir à  moi »), les autres villages de Galilée ( « allez, sortons pour que j’aille vers tous ceux auxquels j’ai été envoyé »).

 

Des avancées ont été réalisées, ces dernières années, pour mieux accueillir les personnes homosexuelles d’une part, les personnes divorcées-remariées d’autre part, celles-ci tout particulièrement grâce au pape François à partir des synodes romains sur la famille.

 

Je pense aussi à cette remarque du groupe « Place et Paroles des Pauvres » : « commenter la Parole de Dieu pour être compris non seulement de ceux et celles qui sont rassemblés dans l’Eglise mais aussi de celui qui fait la manche devant ». J’y pense souvent en préparant mes homélies ou mes interventions.

 

 

3) Etre fraternels, c’est être réellement attentifs à chacun, à son cheminement pour qu’il devienne lui-même.

 

Car chacun est unique, chacun aspire à être reconnu et considéré pour lui-même.

 

Etre attentifs, c’est prendre soin de l’autre, en se donnant à lui et en recevant de lui ce qu’il veut ou peut donner. « Personne n’est trop pauvre pour n’avoir rien à partager ». C’était la phrase-clé de Diaconie 2013.

 

Comment sommes-nous attentifs dans nos paroisses, nos groupes, nos réseaux, nos diocèses, aux personnes en précarité ? Est-ce que nous les écoutons vraiment ? Vous connaissez la fameuse phrase de Michel de Certeau : «  En 1789, le peuple a pris la Bastille ; en 1968, il a pris la parole ». Est-ce que , dans l’Eglise, les pauvres prennent la parole ? Cela commence… Nous ne pouvons plus, en tout cas, affirmer que l’Eglise est la voix des sans voix, car ceux-ci sont tout à fait capables de parler.

 

Ce qui est sûr en tout cas, c’est que l’on ne se trompe pas par rapport à l’Evangile lorsqu’on accueille des personnes en difficulté, et lorsqu’on vise une relation fraternelle avec elles. Ne pas se contenter d’une relation « pour » mais vouloir agir « avec » elles, pour qu’elles se remettent debout et réagissent contre les causes qui les ont précarisées.

 

Le Christ nous a dit : « Le Royaume est là quand les pauvres sont évangélisés ». Un des signes de l’accueil du Christ (c’est lui le Royaume ! ) , c’est qu’Il est annoncé aux pauvres. Mais l’on peut ajouter : le Royaume est là non seulement quand les pauvres sont évangélisés , mais quand ils participent à l’évangélisation. Ils en ont toutes les capacités, comme toutes les catégories sociales, à tous les âges.

 

Eglise non seulement pour les pauvres, mais aussi avec les pauvres. Cette Eglise de l’avenir sera alors en marche vers une véritable fraternité. 

 

 

 

 

 

III .  L’Eglise de l’avenir sera constituée par des groupes qui essaieront d’aller vers les périphéries, qui formeront une Eglise des périphéries.

 

 

 

C’est une expression du pape François. Peut-être sous-entend-elle que l’Eglise est au centre, alors que ce n’est plus sa situation dans la société française. Mais le pape a bien raison de nous appeler à sortir de nous-mêmes, de nos groupes habituels et à « aller vers ». 

 

Il y a quelques années, j’ai rencontré un de mes collègues évêques, celui de Limoges, l’archevêque actuel d’Aix en Provence, le père Christophe Dufour. Il venait d’accomplir une visite pastorale dans un secteur de son diocèse. Il s’est rendu auprès des jeunes d’un CAT (centre d’Aide par le Travail ) et de leurs éducateurs. Deux d’entre eux lui disent qu’ils sont catholiques et vont à la messe. Le soir, l’évêque en parle aux membres du conseil pastoral de la paroisse et leur suggère de proposer à ces jeunes, qui restent au fond de l’Eglise, quelques responsabilités dans l’animation de la messe dominicale. Un ou deux ans plus tard, l’évêque revient dans cette paroisse et demande des nouvelles de ces deux jeunes du CAT . On lui répond : « Oui, ils sont au premier rang avec d’autres jeunes. Depuis qu’ils sont là, la messe, ce n’est plus pareil ». Magnifique remarque !Ces jeunes en situation de précarité avaient ouvert les fidèles habituels à autre chose, à un autre regard, à une autre pratique. L’Eucharistie, du coup, avait une autre signification, une autre profondeur. S’il est vrai que l’Eglise est le corps du Christ, Lui en étant la Tête, Il construit son corps avec tout ce que nous apportons, tout ce qu’Il peut prendre dans les réalités humaines. Personne n’est de trop, chacun a quelque chose à apporter pour que le corps du Christ grandisse.

 

Les membres de l’Eglise de l’avenir montreront leur intérêt pour toutes les réalités humaines qui font partie de notre vie courante, de notre vie ordinaire. Une telle manière d’être et de faire est essentielle.Car nous, chrétiens, nous croyons que Dieu nous rejoint et nous accompagne dans notre vie de tous les jours et pas ailleurs. Pour rencontrer Dieu, il ne faut pas s’évader de notre société et surtout pas de ses périphéries. Dans ce qui fait le quotidien, le banal des existences humaines avec ses joies et ses épreuves, ses valeurs et ses lourdeurs, nous pouvons rencontrer Dieu incarné venu partager notre vie pour que tous les humains puissent partager la Sienne.

 

Aller vers les périphéries, c’est aller vers ceux et celles dont L’Eglise est loin. Particulièrement les membres des nouvelles générations. C’est prendre en considération :

  • leur désir d’autonomie, même si celui-ci a un versant individualiste
  • leur attrait pour la convivialité
  • leurs facilités pour la culture numérique
  • leur volonté écologique avec un souci de sobriété, du moins pour un certain nombre

C’est aussi leur manifester un parti-pris d’espérance, alors que, pour beaucoup, leur avenir est incertain. Il faudrait développer ces éléments énumérés mais le temps manque.

 

 

 

 

 

 

 

 

Je conclus : l’Eglise de l’avenir sera celle dont le concile Vatican II a esquissé la figure, une Eglise où tous les baptisés, qui prennent leur baptême au sérieux, participent à son animation et à sa mission. La structure essentielle de l’Eglise (Peuple de Dieu, Corps du Christ, Temple de l’Esprit ) ne change pas depuis 2000 ans. Mais ses figures historiques sont variées pour témoigner de l’Evangile du Christ dans des sociétés et des cultures différentes. Les ministres ordonnés (diacres, prêtres, évêques) font partie de cette structure essentielle , au même titre que la Parole de Dieu et les sacrements, ils sont irremplaçables. Mais tous les baptisés sont aussi irremplaçables. Ce qui se cherche aujourd’hui, c’est précisément l’articulation entre des chrétiens laïcs , devenus de plus en plus formés et responsables et les chrétiens ordonnés. Ne doutons pas qu’avec patience et longueur de temps, l’ Esprit- Saint nous conduit , à travers nos recherches, nos apprentissages et même nos échecs, vers l’élaboration d’une nouvelle figure d’Eglise. Celle qu’il  souhaite pour notre société française, européenne et mondiale. Ainsi avançons-nous vers la plénitude du Christ.

 

 

 

 

 

                                                                       Père Bernard HOUSSET

 

 

 

 

 

 

Date de dernière mise à jour : 16/08/2019